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Rémi Forsans : entrepreneur, philosophe, écologiste…


Rencontre avec un humaniste pragmatique.


| Rédigé le Lundi 22 Juillet 2019 |

Du mouvement... / Photo ©Jean-Marc Favre
Du mouvement... / Photo ©Jean-Marc Favre
Après avoir discuté longuement des enjeux actuels, échangé des références, des impressions et trouvé que nos points de vue concordent, l’interview de Rémi Forsans peut débuter.

Comment vous définiriez-vous ?
J’aime à considérer que je suis comme un caillou dans la chaussure pour essayer de faire bouger les choses.

J’arrive à un moment clé de ma vie professionnelle, qui a été une vie entrepreneuriale mais aussi dédiée à des causes et à des objectifs fédérateurs. Ma toute première présence au sein d’un collectif s’est faite avec la Fédération des industries nautiques. J’ai été membre bénévole de son conseil d’administration. Il y a eu ensuite pendant 16 ans Eurosima, l’association Européenne de l’industrie de la Glisse, qui a d’une certaine manière donné naissance au principe de l’Outdoor Sports Valley (OSV). J’ai été vice-président bénévole de cet organisme situé dans le sud-ouest de la France, je siège toujours au conseil d’administration aujourd’hui. Nous avons alors assisté à l’évolution très rapide des pratiques sportives vers les sports outdoor, santé et bien-être ; ceux-ci allaient eux-mêmes vers les sports action-outdoor qui tendent à mixer les pratiques océans et les pratiques montagnes.
 
J’ai ouvert un bureau Eurosima à Annecy, qui est devenu la Mountain division de l’Eurosima et s’est ensuite transformé en OSV. À la demande des élus de l’agglomération d’Annecy, et en particulier de Jean-Luc Rigaut, on m’a donné les moyens de créer une structure capable de fédérer les industries outdoor du territoire. Les tentatives « politiques » précédentes avaient échoué.

Fin 2016, quand je suis arrivé au terme de ma mission qui pouvait alors être managée par d’autres, Anne Schott, ma stagiaire recrutée en 2010, a tout naturellement pris la direction d’OSV. Benjamin Thaller vient tout juste de la remplacer après 2 ans à la tête de l’association.

Entre l’Eurosima, OSV, la Fédération des industries nautiques, je fédère les choses et les gens depuis 20 ans. Je suis sorti de ma dernière expérience entrepreneuriale, Baouw Organic Nutrition, dont le projet que j’ai initié m’a échappé, un peu plus riche mais plus attristé par le comportement humain de certains, motivés principalement par le profit.

C’est alors que Jean-Luc Rigaut m’a proposé de prendre la direction économique du projet Annecy Mountains. Me voilà reparti dans un projet fédérateur. Mais j’ai aujourd’hui 56 ans, je ne suis pas un homme d’argent, je ne cherche pas à faire carrière au sein de l’agglomération d’Annecy ; je souhaite simplement apporter ma contribution pour aider mon territoire. Il évolue très positivement pour certains aspects puisqu’il est désormais visible internationalement grâce à son lifestyle tourné vers la nature et à des pôles économiques endémiques très solides… mais qui correspondent aux modèles économiques de la vieille économie.

Je constate que notre territoire souffre aujourd’hui d’un certain nombre de problèmes qui ont un impact fort sur l’environnement, comme la pollution, la mobilité…

J’imaginais qu’Annecy Mountains permettrait d’unir un certain nombre de territoires financeurs de ce projet dans une vision qui repose sur des axes vertueux et valorisants.

Il ne m’appartient pas de développer le volet touristique d’Annecy Mountains mais en ce qui concerne le volet économique ma vision repose sur deux axes : l’économie environnementale et le développement international pour créer de l’attractivité économique qualifiée. Parmi les pôles endémiques : l’outdoor, les industries créatives mais aussi la mécatronique, le tourisme, l’agro-pastoralisme… certains sont leaders mondiaux. Ils méritent toute notre attention afin de les conforter au sein d’un projet plus vertueux pour notre territoire.

Nous sommes au seuil de bouleversements des comportements humains avec un effondrement possible de notre modèle économique, de notre civilisation qui a inventé la démocratie et ce modèle capitaliste. Il faudra alors rebâtir une société, ce qui nécessite d’imaginer une nouvelle économie. Celle-ci pourrait tout à fait prendre naissance sur notre territoire qui allie l’urbain et la nature et constitue un excellent laboratoire à l’avenir au-delà de ce qui se passe aujourd’hui. Quels seront les métiers de demain ? Comment seront les entreprises de demain ? Vont-elles continuer à abuser des ressources de la terre ? Avec quelle énergie fonctionneront-elles ? Quel type d’ingénieurs vont créer les produits de demain, moins impactants sur l’environnement et sur les ressources ?

Ce sont les seules questions qui ont une vraie valeur à mes yeux. Je ne suis pas dans un projet politique… et j’ai malgré tout la contrainte politique. Les élections municipales sont toutes proches.

De la transparence... / Photo ©Jean-Marc Favre
De la transparence... / Photo ©Jean-Marc Favre
Vous avez des convictions très solides…
Et des freins aussi solides parce que le temps politique n’est pas le temps économique. Même si l’évolution du climat nous oblige à revoir nos priorités, le fonctionnement et le temps politiques prennent le dessus sur les priorités vitales qu’est l’avenir de notre économie corrélé à celui de notre planète.

Fédérer, unir, une vision, un projet vertueux, ce sont les expressions qui reviennent dans votre discours.
Je suis peut-être le dernier survivant des hippies ! (rires).

Il est rassurant que des gens pensent comme ça.
Je n’en rencontre pas tant. Notre monde est soumis à un certain nombre de contraintes politiques, économiques, tiré par les valeurs de l’argent, par l’ego, le pouvoir, parfois le sexe.
J’ai de l’ego, mais comme tout le monde ; l’argent compte, mais il n’est pas mon moteur. Je ne cherche pas à améliorer mon niveau de vie en permanence.

Mon objectif est qu’on vive bien sur cette planète, qu’on soit heureux là où on vit, qu’on puisse respirer un air agréable, qu’on ait du temps pour profiter de tout ça, que nous ne soyons pas pris dans des contraintes qui nous échappent.

Le citoyen a un pouvoir malgré tout.
Oui, mais il a surtout des ambitions et un ego. Il est impossible d’écouter tout le monde car modifier le modèle dans lequel nous vivons va forcément entraîner des sacrifices. Il faudra supprimer un certain nombre de fonctionnements et d’attitudes sur lesquels le monde actuel est calé. Ceci fera des aigris, des frustrés. J’ai peur, quelle que soit la personne qui prendra le pouvoir demain, à l’échelle locale ou nationale, ou internationale, qu’elle fonctionne de manière auto centrée.

Il faudrait écouter les mouvements d’aujourd’hui qui sont assez proches de ceux des années 70. A travers eux, les gens se reconcentrent sur des valeurs locales, sur le partage, la joie, des choses plus simples, telles qu’on a pu les connaître dans les années 70/80.

Nous sommes plus de 7 milliards sur Terre ; beaucoup de gens ambitionnent d’atteindre le niveau de vie que nous avons acquis avant d’envisager une potentielle décroissance…

Nous sommes dans des temps différents, là aussi.
Bien malheureusement, et les ressources de la planète sont limitées. Nous en avons abusé.
Revenir à un attachement de bon sens au territoire, à un mode de vie plus simple résoudrait aussi bien des problèmes politiques qui tournent parfois à la crispation nationaliste.

Aller vers l’autre, développer un peu plus d’empathie nous apporterait un début de solution. Mais l’empathie devient une vertu rare qui a disparu du monde politique.

Le pouvoir procure la sensation que celui qui le possède peut changer de manière inconditionnelle la vie de ses concitoyens sans demander leur avis.
 
Ce modèle touche à sa fin. Les intellectuels, les scientifiques se rendent compte qu’il est urgent et impératif de changer notre mode de vie, notre économie. Quand on a fait des études dans un monde qui prône le néo libéralisme, qui nous a permis de vivre jusqu’à présent, il faut énormément de courage pour changer de modèle.

Il est difficile de juger un responsable politique sur cette vertu parce qu’on peut se demander si nous aurions nous-mêmes ce courage de nous engager sur cette nouvelle voie.

Si notre monde s’écroulait, certains devront rendre des comptes.

Nous avons évoqué notre territoire, les environs d’Annecy que beaucoup qualifient de « magnifique terrain de jeu ». Il faudrait en faire aussi un terrain d’expérimentation, de renouvellement…
C’est l’objectif du projet que j’ai présenté aux élus qui ont validé le modèle d’Annecy Mountains.
Ça passe par la création de nouveaux diplômes universitaires, de nouveaux métiers, par la formation de nos élus et de nos élites parce que la bonne volonté doit s’appuyer sur la connaissance, alors que nos responsables ont été élus sur d’anciens modèles. Il faut donc accepter de passer du temps personnel pour acquérir ces nouveaux savoirs. Il en va de la responsabilité de nos élus de se former et de nous former à ces menaces et à ces nouvelles opportunités.

Nous sommes à la fois sur un terrain de jeu et sur un terrain d’expérimentation. Les deux sont compatibles. De l’expérimentation naît le jeu.
 
Nous avons un territoire qui attire le monde entier, une industrie des sports qui prône la participation des gens dans le monde outdoor, mais nos terres se dégradent, il devient difficile d’accéder aux sites des terrains de jeu. Nous avons l’intelligence, l’envie et les moyens d’arriver à un changement de modèle !

Et la hauteur de vue / Photo ©Jean-Marc Favre
Et la hauteur de vue / Photo ©Jean-Marc Favre
Grâce à l’informatique, on réalise des expositions en immersion et en interaction. L’outdoor le fait naturellement. La Cleantech d’Annecy va dans le même sens qui part de l’expérimentation et du citoyen.
Et permet aussi la prise de conscience de nos élites. Ce genre d’initiative permet une prise de conscience des enjeux, de voir le niveau d’innovation possible.

Tout est réuni sur notre territoire pour réaliser une expérimentation à la hauteur des nouveaux enjeux, mais le temps politique constitue un frein.

Et c’est là que vous êtes un caillou dans la chaussure ?
J’essaye.

Alors qu’on nous vend des chaussures de sport apparemment parfaites, certains s’ingénient à y mettre des cailloux !
Je ne défends aucun parti. Pour moi, le meilleur responsable politique est celui qui sait prendre les bonnes décisions.

Notre territoire, notre bassin de vie présentent des différences de culture, d’éducation, de niveau, une diversité d’intérêts qui font que, même s’il y a une volonté de jouer collectif, on est encore dans l’individuel.
 
Le projet d’Annecy Mountains est rassembleur, ouvert à la participation d’une petite commune des sources du lac aussi bien que d’une commune des Aravis, en passant par le grand Annecy…

Il y faut un changement des mentalités.
Oui parce que les bonnes priorités ne sont plus locales mais globales. Le rôle du politique local est celui de la goutte d’eau dans l’océan. Si on supprime les gouttes d’eau, il n’y a plus d’océan. Chaque personne en responsabilité doit accepter de prendre du recul sur ses problèmes locaux pour les envisager de manière plus globale, dans le cadre d’une politique plus générale.

On revient à la notion de vision.
C’est ça.
J’ai de l’espoir et celui-ci viendra aussi du monde économique. J’ai créé beaucoup d’entreprises, j’en ai accompagné un certain nombre, j’ai participé à créer beaucoup d’emplois grâce notamment à Eurosima et Outdoor Sports Valley. Je remarque aujourd’hui un éveil de gens brillants, éduqués qui ont envie de jouer le rôle de la goutte d’eau dans l’océan.
 
Même si le pouvoir politique est très important pour déclencher les choses, ce qui se produit dans la vie citoyenne est un peu nouveau.
Des jeunes très diplômés décident de ne plus travailler dans les grandes multinationales parce que ça ne fait pas sens pour eux.
D’autres quittent ces multinationales pour venir s’installer ici et créer des startups qui produisent des vêtements, des chaussures, des sacs éco conçus, etc… de manière la plus locale possible.

OSV a créé un fonds qui s’appelle Act for the Outdoors. L’espoir de ce côté, la crainte du déclin dans lequel nous entraîne l’évolution du climat….

Deux forces contraires…
dont nos élus doivent prendre conscience, en particulier nos élus locaux. Ils seront les gouttes d’eau…

A l’heure où l’on parle de pénurie et de guerres de l’eau qui se profilent.
Finalement j’aime être un caillou dans la chaussure et aussi une goutte d’eau dans l’océan.
 
 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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