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"Le nouveau féminisme" de Barbara Polla chez Odile Jacob


Rencontre avec Barbara au Haras d'Annecy à l'initiative d'Imagespassages et d'Annie Aguettaz.


| Publié le Lundi 5 Août 2019 | |

Barbara Polla
Barbara Polla
Les femmes avaient autrefois pour seules possibilités d’être un objet du désir ou de ne pas être un objet du désir. Ce qui n’est pas une alternative crédible.

Qui passe par des extrêmes, la maman ou la putain.
Le désir est central à la vie, au bien être, à la position de l’être dans le monde. Deleuze dit avec raison, et il n’est pas le seul à le dire, que le désir c’est la vie. Le désir de la rencontre de l’autre, le désir sexuel mais aussi le désir de vie, de faire, de construire, de changer le monde.

Ce désir qui englobe tant de notions est absolument essentiel à l’existence.
On a tendance à rapetisser le désir, à le restreindre, à le réduire au désir sexuel, qui est magnifique mais qui en constitue un seul aspect. Quand j’ai écrit « Eloge de l’érection », les gens pensaient que ce serait un livre d’anatomie avec des images. Bien sûr que non. Ce livre a été co-écrit avec Dimitris Dimitriadis qui est l’écrivain par excellence du désir. Son texte s’intitule d’ailleurs « Apologie du désir ».
Mais nous parlons maintenant de la question du féminisme.

À un moment, les féministes et d’autres se sont élevées contre l’idée que la femme soit un objet du désir. C’est compréhensible mais il est tout de même préférable qu’une personne, femme ou homme, soit l’objet d’un désir plutôt que d’aucun désir. Ce n’est donc pas une alternative raisonnable.
 
Comme je le fais déjà dans de précédents livres, je propose de changer le paradigme et de dire que, pour les femmes, le choix est d’être objets ou d’être sujets. Je propose donc que les femmes deviennent sujettes, et qu’elles expriment leur propre désir ; ce qui demeure tout de même tabou dans un monde qui se veut ouvert à la parole des femmes.

Il y a un décalage entre le discours et la réalité.
Toute ma réflexion est partie de la représentation du corps masculin par les femmes dans l’art, notamment du sexe masculin. Il n’y a pratiquement rien jusqu’au début du 20ème siècle et on représente alors beaucoup le sexe masculin mais de façon très négative, comme le sexe violent et violant. Il faut attendre longtemps pour avoir des représentations magnifiées, belles du sexe masculin, à l’exception de celles réalisées par des  homosexuels comme Mapplethorpe. La 1ère exposition d’artistes femmes représentant le sexe masculin a lieu dans les années 90, elle s’appelle « What she wants ». La 2ème, à ma connaissance, est celle que j’ai organisée en 2012, « Beautiful Penis » .

Encore aujourd’hui une femme qui dit « J’aime le sexe masculin » est considérée comme un suppôt de Satan qui va soutenir le phallocratisme.

La sexualité, qui devrait être un lieu de plaisir, se transforme souvent en enjeu de pouvoir.
Si l’on considère que la femme est un objet qui se donne à la sexualité, qu’en est-il de l’homme ? Dans ce « champ de bataille sexuel », il y a bien sûr des questions de pouvoir qui ne doivent intervenir que dans le registre du jeu.
 

Un jeu qui repose aussi sur le « je », sur l’image que l’on se fait de sa propre identité.
J’aimerais changer cette pensée unique qui consiste à considérer que la fille est une victime désignée et que le garçon est un prédateur désigné.

Il s’agit de sortir des schémas préfabriqués.
2 à 3 femmes sont tuées dans le cadre domestique, dans le cadre de la famille – on voit à quel point celle-ci peut être toxique - chaque semaine en France (les chiffres sont proportionnellement identiques en Suisse). Je pense que c’est dû en très grande partie à ce conditionnement de victime ou de prédateur désignés dès le plus jeune âge.

Il faudrait laisser les filles exprimer leur désir, ne pas les prévenir « Fais attention » lors de leurs premières sorties. Au lieu de cet extraordinaire bonheur de la rencontre de l’autre, de ce moment de transcendance de la rencontre amoureuse et/ou sexuelle, on lui dit « Attention, tu vas rencontrer un prédateur potentiel ! »

Si la fille pouvait dire au garçon « Je te désire » sans être immédiatement traitée de putain – c’est le mot que vous avez utilisé tout à l’heure - et sans objectiver l’homme, sans renverser la situation de sujet à objet…

l’expression du désir comme reconnaissance de l’autre.
La réciprocité est nécessaire, bien sûr.

Au cinéma, par exemple, quand une femme exprime ouvertement son désir, il est fréquent que le type en perde ses moyens.
Parce que ça ne fait pas partie des manières de penser l’autre habituellement. Mais au-delà des premières réactions masculines, c’est sans doute plus agréable d’être désiré par sa compagne.
Pour moi, la question du désir est centrale. Le terrain de liberté qui consiste à dire « Je désire, ou pas » est une liberté qui reste à gagner.

Mais on peut avoir l’impression que dans nos sociétés les gens sont décentrés par rapport à eux-mêmes, à ce qu’ils pourraient véritablement être et par rapport à leur véritable désir. Ils vivent des désirs par procuration à travers des films, des séries télévisés, des achats. Nous sommes manipulés, d’où ces décalages qui entraînent une forme de violence née du fait que l’on croit qu’il faut être comme ceci, qu’il faut accepter cela…
 
L’ensemble de la consommation capitaliste est basé sur le fait de subtiliser le désir, de le captiver et de désigner des objets du désir forcément inatteignables, jamais satisfaits…

D’où une frustration permanente.
Oui, et un détournement de ce qu’est le vrai désir, cette force vitale qu’est le désir de vivre, de se lever tous les matins, le désir d’écrire, de créer, de baiser, de voyager, de changer le monde : c’est un tout.
Le capitalisme de consommation cherche à le prendre pour en tirer profit en le détournant de son vrai but qui est la vie elle-même. Pour les femmes, il le détourne de l’homme, avec l’objet femme par ailleurs on vend tout, des habits, des lave vaisselle, des aspirateurs, des voyages, des montres, des voitures… Ce détournement a pour unique but de nous faire acheter ces objets, voiture, voyage qu’on nous montre tellement désirables.

Pour moi, la réhabilitation du désir consiste à le montrer comme force vitale, comme émotion dans le sens étymologique de quelque chose qui nous meut.

De ce qui nous érige en individus.
C’est pour cette raison que je parle dans ce livre d’érection féminine et masculine. En disant ceci, je pense à Princesse X de Brancusi. Il a sculpté de magnifiques sexes masculins qu’il a appelés Princesse.

L’érection est aussi l’idée de s’ériger soi-même dans la vie, d’être debout.
Absolument.

Pourquoi votre titre « Le nouveau féminisme » ? Il y a eu les nouveaux philosophes, la nouvelle cuisine…
Et Barbara Polla a inventé le nouveau féminisme (rires) parce que la nouvelle cuisine n’était pas son truc.

Ce livre est composé de 3 parties. J’ai beaucoup travaillé sur la partie centrale que vous qualifiez d’érudite. J’ai vraiment étudié encore plus profondément que je ne l’avais fait jusqu’à présent tous les féminismes existants, les féminismes classiques, l’universalisme, le différencialisme, l’éco féminisme, l’afro féminisme plus émergents. J’ai aussi donné des noms à des féminismes qui n’en avaient pas encore, comme le féminisme entrepreneurial, le féminisme artiste.

Brancusi . Princesse X © Adam Rzepka. Centre Pompidou
Brancusi . Princesse X © Adam Rzepka. Centre Pompidou
Que signifie le fait qu’il y en ait autant ?
Chacun vient de raisons spécifiques, d’un vécu particulier. Les motivations qui ont conduit à l’existence d’un afro féminisme ou d’un éco féminisme sont toutes complémentaires ; différentes mais complémentaires. Chaque féminisme, même pour les plus radicaux, à ses sources dans les réalités de la vie quotidienne que vivent les femmes.
 
Le nouveau féminisme, dont je rêve, est celui qui inclut l’ensemble de tous les autres. Les 15 chapitres de ce livre reposent sur la recherche de chacun de ces féminismes, sans jamais les opposer, mais avec l’idée qu’ils représentent ensemble le féminisme d’aujourd’hui, inclusif de tous ceux qui existent et…

...aussi des hommes (phrase dite à 2 voix). Vous allez au-delà de la question du féminisme pour aborder le fonctionnement global de la société et du capitalisme qui cloisonnent pour en tirer bénéfice alors que vous proposez de réunir.
On nous trouve des désirs spécifiques pour chaque catégorie, oui.

Vous êtes une révolutionnaire.
Absolument. Notez que le capitalisme comporte des aspects positifs, celui que je critique est le capitalisme de consommation qui segmente les groupes, les adolescents par exemple, à l’intérieur desquels vous cernez les classes sociales, ce qui multiplie les possibilités de détournement du désir vers des objets donnés. On s’adresse désormais aux enfants pour élargir l’éventail des possibilités.

Votre milieu est celui de l’art, une voie privilégiée pour échapper à ce vaste détournement du désir.
L’art est vraiment ma boîte à penser. Je montre les images des autres, j’écris sur mes idées et s’établit constamment un dialogue entre les deux.

Le dialogue est la richesse même de la vie. Dans tous les domaines.
Absolument. Je travaille constamment à abattre les murs qui séparent les domaines dans ma tête et si possible dans celles des autres. Passer de l’image artistique à la pensée philosophique est un bonheur de chaque jour.

Etre curieux, abattre les cloisons, considérer la vie comme une aventure (amoureuse ?) ne convient pas à tout le monde.
Ce sont les humains qui construisent les prisons. C’est nous qui construisons les prisons matérielles, les geôles. Nous construisons aussi nos prisons mentales.
 
« Chaque mur qu’on abat devient un pont. »
Je travaille depuis toujours à décloisonner, à abattre les murs.
 

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Paul Rassat
Auteur, Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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1.Posté par Liliane DELEPLACE le 08/08/2019 20:24
liliane53
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