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Rencontre avec Antonio Lapone, dessinateur de la BD « La fleur dans l’atelier de Mondrian »


Une nouvelle fleur chez BD Fugue - Annecy le 13 janvier 2018


| Rédigé le Dimanche 14 Janvier 2018 |

La fleur dans l'atelier de Mondrian - Antonio Lapone
La fleur dans l'atelier de Mondrian - Antonio Lapone
Antonio parle de ce nouvel album avec tellement d'engagement, de sincérité qu'on est très vite pris dans un mouvement qui nous emporte et mêle le "vrai" Mondrian à celui qu'il a imaginé avec Jean-Philippe Peyraud au point que le tout forme un ensemble cohérent, et un nouveau Mondrian pourtant très fidèle au peintre.

 Antonio pourquoi partir de Mondrian ? Il y a là quelque chose de difficile, non ?
Je viens de l’art graphique, de l’art publicitaire, et affichiste avant de travailler dans le monde de la BD ; c’est pourquoi le graphisme, le design, surtout celui des années 60 me touchent beaucoup, comme l’art en général. Tout comme le glamour des robes Mondrian créées par Yves Saint Laurent, toujours dans les années 60, en s’inspirant des œuvres de Piet Mondrian qui a vécu dans les années 20, ce que beaucoup de gens ignorent.

Comment en avez-vous fait la découverte ?
En travaillant avec Jean-Philippe Eyraud. On avait envie de connaître l’histoire de la fleur qu’André Kertész avait prise en photo dans l’atelier de Mondrian. Une fleur blanche dans un atelier très sobre et froid où il n’y a presque rien. On s’est demandé pourquoi cette fleur, qui l’a placée là, son histoire…

Ce que vous dites fait penser aux démarches de bons romans policiers, qui partent d’un vide, d’une disparition qui fait travailler l’imagination et permet de créer un récit. La présence de la fleur souligne l’absence de femme au côté de Mondrian. Elle interroge.
On connaît bien l’histoire de Pablo Picasso, ses nombreuses périodes et ses nombreuses femmes, ses nombreux amis ; Mondrian, lui, était très enfermé dans son art, dans sa manière de vivre. Ses lignes et ses carrés représentent un peu sa manière d’être : carrée, structurée. Il aimait en revanche beaucoup la danse, le jazz comme s’il y avait eu une sorte de bipolarité. A un moment, par exemple, il a rendez-vous avec Francine pour danser mais il a autre chose à faire.

Sa relation, ou son absence de relation aux femmes ne relève pas que de l’anecdote. Autour de ce thème se noue, pour vous, toute la vie de Mondrian.
Avec Jean-Philippe Eyraud, le scénariste, on a imaginé cette image féminine, rouge. Vous le voyez dès la couverture où j’ai décidé de la présence de ce rouge. Dans la vie équilibrée d’un homme il faut toujours la présence d’une femme, ou d’une histoire d’amour, même avec un homme ; en tout cas la présence de l’autre. C’est un équilibre. Mais Mondrian avait peur. Même quand il dessine des courbes, dans son cauchemar, il se réveille pour découvrir que son tableau est toujours bien droit, carré, vertical, horizontal.
 

Antonio Lapone
Antonio Lapone
Pour revenir à la couverture, la robe se reflète en rouge dans les lunettes de Mondrian.
Pour montrer qu’il la voit. Sans la voir !

D’ailleurs on retrouve ce reflet dans ses lunettes quand il passe devant un échafaudage qui ressemble à un Mondrian. Il y a une correspondance entre sa manière de voir et sa manière de peindre. Mais si son monde est froid, vous ajoutez par la danse beaucoup d’énergie qui évoque le Bal Nègre.
C’est ça. C’est l’époque. Le boogie woogie choquait les gens parce que c’était très tribal. Joséphine Backer en est devenue la reine.

Paradoxalement, ce mouvement on le retrouve malgré l’austérité apparente dans les tableaux de Mondrian. Ils vibrent vraiment. Ce sont des « compositions » qui vibrent, c’est ce qu’on retrouve dans votre album.
J’imagine la dernière période de Mondrian dessinant la ville de New York à travers des petits points qui étaient les voitures sur les boulevards de la ville, ça bouge, un peu comme un pacman des années 30 avec des points qui brillent.

Si vous inventez la partie féminine de la vie de Mondrian, vous demeurez très fidèle dans la restitution de son œuvre mais en vous amusant, comme ici, page 18, où vous jouez vraiment de la mise en page. Vous avez trois dessins qui constituent une sorte de fondu enchaîné.
Au départ, le story-board était très classique, six cases par page. Et puis je me suis dit « Si on regarde une œuvre de Mondrian en enlevant la couleur, c’est une page BD ! » Je me suis demandé ce qu’on pouvait mettre à l’intérieur et j’ai commencé à la décomposer.

En fait, vous êtes paresseux ! Vous êtes parti d’un cadre préétabli.
Voilà. Le patron était déjà là (rires) et je me suis dit « Pourquoi ne pas faire des images allongées, verticales ? » Pour donner l’idée qu’on est vraiment dans un Mondrian.

Il y a effectivement des moments où même vos personnages sont dans un tableau de Mondrian. A la page 34, par exemple. Ou dans l’atelier de Mondrian qui est un Mondrian, comme une mise en abyme.
C’est là qu’on découvre le choc de l’art moderne. Le Paris des années 20, de Montparnasse est saturé de fumée, de charbon. La ville était sombre et sale, avec des ruelles… loin de la « Ville Lumière ».

Il faut donc voir Mondrian en le mettant en perspective avec la vie de l’époque, l’environnement, la culture…
Bien sûr. On voit aussi Mondrian qui préfère aller dans les maisons closes que d’acheter à manger. Ça devait coûter moins cher « d'acheter une femme » qu’à manger, car à certains moments, il avait faim.

La fleur dans l'atelier de Mondrian - Antonio Lapone
La fleur dans l'atelier de Mondrian - Antonio Lapone
Je reviens à l’idée de partir d’une fleur et d’une absence ; c’est un sacré pari.
C’est drôle comme une histoire arrive, comme ça, un peu comme un polar dont nous parlions tout à l’heure. Maigret part d’un petit quelque chose qu’il a vu au départ.

Je ne sais pas si votre côté belge ne s’exprime pas de manière subliminale mais vous faites dire à Mondrian qui arrive chez sa mère « Je t’ai apporté un dessin pour le déjeuner ». Inexplicablement je pense à Brel qui chantait « Je t’ai apporté des bonbons parce que les fleurs sont périssables », et on retrouve les fleurs ! (rires).
Pourquoi pas ! C’est pas mal.

Vous placez parfois de petites vignettes en haut de page.  « Le lapin » , « Au Bon Marché ».
On avait imaginé des chapitres, mais on ne voyait pas trop comment les accorder avec cette histoire et je me suis dit qu’on allait mettre de cette manière le titre des chapitres pour avoir ainsi une référence colorée, bleue, noire…ce qui donne l’idée qu’on est dans un Mondrian.

Dans la 2° partie de votre album, intitulée « Sketch Book », vous nous faites entrer dans les coulisses de votre travail comme votre livre nous fait entrer dans les coulisses de la vie de Mondrian.
Pour moi, un album doit être construit du départ à la fin. De A à Z. Au départ, je suis un technicien, un peu carré peut-être, comme Mondrian, j’aime bien suivre la construction de mes albums…

Jusqu’au format qui est ici remarquable.
Le même que pour une précédente BD, Adam Clarks, déjà chez Glénat. Avec ce Sketch Book, je voulais montrer que derrière une BD, il y a une histoire. En voyant certaines émissions qui montrent  l’utilisation des ordinateurs par Pixar, les gens peuvent imaginer qu’on a nous aussi dans la tête un ordinateur qui fonctionne comme une sorte de mixer. Il suffirait d’y mettre quelques images et hop ! Mais non. Même si tu sais dessiner, tu ne sais pas comment Paris était à l’époque. Ça nécessite des recherches.

Recherches qui se retrouvent dans une multitude de détails ensuite.
Et dont n’utilisons pas tous les résultats dans l’album.

Ces recherches vous permettent finalement de créer un univers réaliste. Vous vous appuyez sur une rigueur qui vous donne la liberté de créer.
Effectivement, j’accumule une quantité de documentation qui sert surtout à me nourrir, à comprendre. C’est ce qui rend possible l’art.
Un peu comme pour les dédicaces. Certains auteurs en ont peur, sont stressés. Moi, elles me permettent de sortir des choses qui ne sortent pas à la maison. A l’atelier, on a des chaînes, en dédicace, le cerveau est libre et je crée parfois des trucs qui me font dire « Wooh ! D’où ça vient ? » Alors je prends des photos ! (rires).

C’est la maîtrise qui permet ça.
Et la peur. Tu es devant quelqu’un et tu dois sortir quelque chose.

Mondrian écrit qu’il cherche « la structure sous-jacente dans le monde ». On peut se demander si les compositions de Mondrian ne sont pas vides de vie humaine justement pour permettre de s’y plonger, de passer d’un carré ou d’un rectangle à l’autre, d’une couleur à l’autre, à l’infini. Et ça vibre.
C’est la technique des Tetris. C’est le jeu le plus pratiqué parce qu’il est magique. Ça bouge ! Notre cerveau a envie de placer, de ranger devant un Mondrian.

On revient au propos de votre album, une présence et un manque, d’où l’envie que ça bouge.
Tout à fait. L’œuvre de Mondrian bouge beaucoup. C’est d’ailleurs la plus utilisée dans les écoles.

Vous pourriez nous parler de vos projets ?
Nous allons sortir cette année un art book sur mon travail, tout ce que j’ai réalisé pour la galerie Champaka à Bruxelles, pour des clients qui me demandent parfois des tableaux, des pochettes de disques. Tout va être rassemblé dans cet Art Book qui s’appellera « The art of elegance ». Un beau livre qui sortira au mois de juin. Je travaille aussi avec mon nouveau scénariste, Juan Canales, pour Dargaud. Juan travaille avec Pellejero au nouveau Corto Maltese. Avec Teresa Valero, ils ont créé une très belle histoire pour moi, qui s’appelle « Gentlemind ». On a inventé un petit journal des années 40, qui va devenir un vrai journal de mode, d’art, de culture américains grâce à une fille qui devient la rédactrice en chef .
Et la première décision qui a été prise a été « Pour parler aux hommes, il faut appeler des femmes ». Notre rédactrice appelle donc les femmes d’Amérique pour leur demander « Que voulez-vous dire aux hommes ? »

C’est un sujet fondamental et qui rejoint l’actualité. 

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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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