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Rencontre avec Laurent Binet, auteur de "La 7ème fonction du langage"


Mardi 17 novembre, Laurent Binet auteur de "La 7° fonction du langage" (Grasset) était de passage à Annecy, invité par l’association Histoire d’en parler. Il a bien voulu répondre à quelques questions de Move-On Magazine.


| Rédigé le Jeudi 19 Novembre 2015 |

Comment définir votre livre ?
C’est un roman à la fois savant et populaire. Savant parce qu’il est assez érudit mais lisible par tout le monde. Comme vous le savez, je suis un ancien professeur de Lettres ,et je voulais être le plus pédagogique possible. Je voulais faire le contraire d’un roman à clé  que je déteste parce que je trouve qu’il a quelque chose d’aristocratique, de très malsain. Il est destiné à des happy few qui seuls peuvent comprendre ce qu’il y a derrière. Le roman à clé est un entre-soi. Moi, au contraire, je n’ai pas changé les noms. Si vous connaissez Jakobson ou Derrida, vous pouvez les reconnaître, sinon vous pouvez les découvrir. Pour comprendre  mon idée  de la 7° fonction du langage, il vaut mieux connaître les six premières, mais pour ceux qui ne les connaissent pas, je prends le temps, quelques pages pour les expliquer. Je voulais fournir au lecteur tous les éléments pour qu’il puisse s’amuser en lisant le livre.

Le personnage qui se sort le mieux de votre récit est Umberto Eco, qui a déclaré à plusieurs reprises qu’une lecture se mérite, que le lecteur doit fournir des efforts.
La lecture est un plaisir mais aussi un travail. D’autant plus un plaisir qu’on travaille un peu. C’est l’une des plus–values de la lecture par rapport au cinéma où on se laisse plus porter. Même si je souhaitais écrire un livre accessible à tous, je n’avais pas envie de prendre mes lecteurs pour des imbéciles ; je sollicite donc leur intelligence.

Vous faites revivre des disparus, vous mettez en scène des vivants, qui apparemment ne le prennent pas tous très bien. Comment faites-vous, parce qu’il y a une part d’invention et cependant le résultat semble plus vrai que nature ?
Puisqu’il s’agit d’une enquête policière et que le mort est Roland Barthes, il me fallait faire vivre le milieu intellectuel et politique de l’époque. Je ne l’avais pas prémédité mais je me suis plongé dans ce milieu avec délices.

Au-delà du polar vous faites revivre une époque effervescente où tout semblait possible, à l’opposé de la nôtre contrainte par « la pensée unique », les chiffres…
C’est vrai, mais méfions-nous du fantasme de l’âge d’or. Déjà à l’époque on regrettait celui de Sartre et Camus, et il y avait déjà Sollers, BHL…On a une vision très reconstruite de ceci.

Le milieu intellectuel et universitaire que vous faites vivre est à l’opposé de celui que dépeint un auteur comme David Lodge, habité par la mauvaise conscience catholique, un peu étriqué…
Ceci dit, pendant le colloque aux Etats-Unis, l’un des personnages, Morris Zapp, je l’ai emprunté à la trilogie de David Lodge. Alors que l’Anglais est un peu tristouille, l’Américain est plus flambeur. Ce  Morris Zapp est inspiré d’un personnage réel. Vous avez remarqué que j’aime beaucoup jouer de la porosité entre le monde réel et le monde possible , comme dirait Eco ; et là avec David Lodge ,j’ai triangulé. Je suis allé cherché chez un confrère un personnage fictif inspiré d’un personnage réel qui fréquentait tout ce milieu.

Vous aimez bien jouer aux échecs, ou au billard…des coups à plusieurs bandes ?
J’aime beaucoup le billard, mais surtout, Barthes m’a appris à aimer le structuralisme, à analyser les éléments d’une structure, la déconstruire.

D’où le Rubik’s cube .
Bien sûr. Le Rubik’s cube est un symbole structuraliste. Je n’y avais même pas pensé mais vous avez raison.
Quand vous avez mis en ordre toutes les facettes du Rubik’s cube, vous avez gagné mais il vous faut tout remettre en désordre pour pouvoir recommencer une nouvelle partie. Ce sont un peu les limites de la pensée.
(Suivent quelques échanges sur des impressions de lecture…)

Les objets, comme le Rubiks’cube, la photocopieuse…datent une époque.
C’est ce que Barthes appelle les effets de réel. La Fuego…- La DS est autre chose, elle renvoie aux Mythologies de Barthes -… la bande son, les chansons de l’époque, même les petits gâteaux que mange Moati, il paraît qu’ils existent encore. Dans le frigo du gigolo, ce n’est pas de l’Oasis mais du Banga.

Et l’écriture est « jubilatoire » comme on dit actuellement. Quand Julia Kristeva est à la cuisine avec la Chinoise , elle répond « Ça vient » et on imagine que c’est autre chose que le plat qui est en train de venir…
Voilà un critique sérieux (rires).

Finalement, le personnage principal est le langage. On ne parle pas pour ne rien dire, on s’engage et l’échec est sanctionné.
Oui. Exactement.


PS : Chacun pourra lire ou relire La 7° Fonction du Langage en mangeant les mêmes petits gâteaux que Serge Moati et en buvant du Banga. Quant à l’usage de la photocopieuse…
 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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