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Le regard de Barbara Polla sur la période que nous "partageons"


Voyager confiné-e grâce à l’art et à la culture


| Publié le Mardi 21 Avril 2020 | |

Barbara Polla, médecin, galerie, écrivain. DR
Barbara Polla, médecin, galerie, écrivain. DR
Barbara Polla est médecin et chercheur, galeriste et commissaire d’expositions, écrivain et poète. Elle a travaillé pendant neuf ans comme Directeur de Recherche à l’INSERM, à la Faculté Cochin à Paris. Elle a été élue politique en Suisse pendant douze ans, dont quatre ans comme députée nationale. Elle a quatre filles. Elle vit et travaille à Genève et à Paris.
 Autant de raisons de lui demander ce que lui inspire la période que nous traversons et de continuer ainsi la conversation avec une personne curieuse, atypique, passionnée.
 

Confinée à Genève, en pensées à Annecy

Barbara Polla, 18 avril 2020.

“Je suis suisse, confinée à Genève. J’aime la France, notamment pour ses écrivains et ses poètes, et ce depuis l’enfance : je lisais alors Victor Hugo et Balzac, plus tard Baudelaire et Rimbaud, la Comtesse de Noailles et Colette, Sartre et Simone de Beauvoir… Les livres sont aujourd’hui mes compagnons de confinement les plus prévenants et les plus utiles, alors que la pandémie et sa gestion éclairent d’une lumière nouvelle certaines réalités mondiales, voisines comme lointaines, puisque l’une des particularités de ce qui nous arrive est que cela nous concerne tous, nous les huit milliards d’humains vivant en 2020 sur notre incroyable planète.”
 

Le confinement

”À quoi sert le confinement ? Le confinement ne protège vraiment de l’infection que s’il est réalisé à 100% et pour toujours, ce qui est, à choix, impossible ou déraisonnable. En réalité, il sert avant tout à faire en sorte que tout le monde ne tombe pas malade en même temps et qu’il y ait assez de places dans les hôpitaux pour soigner tout le monde adéquatement et sans trop de pression sur les soignants. C’est le cas en Suisse, et la raison pour laquelle seul un confinement partiel y a été instauré. C’est à nouveau le cas en France : on démonte aujourd’hui même l’hôpital militaire installé dans le Grand Est. Le déconfinement progressif a le même objectif : on sait que des gens vont à nouveau tomber malades, évitons que ce soit le cas pour tout le monde en même temps.”
 

Les connaissances

”Je suis médecin, et je fus directeur de recherches à l’INSERM. J’ai appris que le doute est la première vérité scientifique. Notre ignorance persistante des choses de la vie concerne tout particulièrement le Covid19 : nous ne le connaissons que depuis quelques mois. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Nous ne savons pas d’où il vient. Nous ne savons pas comment il a été transmis à l’homme. Nous ne comprenons pas (encore) pourquoi dans un petit pourcentage de cas, il crée une « tempête inflammatoire » dans les poumons des personnes infectées. Nous savons que des tigres peuvent être infectés par le Covid 19 et se mettre à tousser mais nous ne savons (presque) rien encore de ce qui concerne les animaux domestiques. Nous n’avons pas encore de vaccins. Nous testons différents traitements possibles, nous sommes pleins d’espoir pour certains, mais essentiellement nous traitons les symptômes de la maladie. Nous ne comprenons pas (encore) les différences d’âge (les enfants semblent résistants) ni de sexe (les femmes semblent moins sensibles que les hommes aux effets du virus). Demain sera différent, nous en saurons un peu plus. Un peu.”
 

Les drôles d’effets du confinement, et les effets pas drôles du tout

”Les drôles d’effets du confinement, c’est pour ceux qui ont la chance de le vivre dans les meilleures conditions. On se met alors à rêver d’un monde moins stressé, moins consommateur, plus tranquille, plus authentique, moins polluant, plus proche de la nature : forcément, on a le temps d’écouter chanter les oiseaux… et on rêve que ce sera le cas pour la terre entière, que la grâce va tomber du ciel avec la fin de la pandémie, tout le monde va aimer tout le monde, love and peace, les hippies sont de retour. Les effets pas drôles du tout, c’est pour ceux qui vivent – avant, pendant et après le confinement – dans quelques mètres carrés ou pas du tout, avec des moyens insuffisants ou gagnés au jour le jour, des millions de travailleurs en France, aux États Unis et à Genève aussi : c’est le cas des  travailleurs du sexe notamment. C’est la privation, la détestation, la violence. Un monde meilleur, celui que nous appelons de nos vœux, avec plus de solidarité et moins d’inégalités ? Il ne va pas arriver tout seul avec la fin de la pandémie. Il va falloir le construire, jour après jour.”
 

À quoi servent, dans ce contexte, la littérature, l’art et la culture ?

”Je  fais partie de ceux qui estiment que les biens culturels sont de première nécessité. Qu’ils fondent le privilège de vivre le confinement comme une opportunité. Pas seulement la culture dont on nous abreuve soudain sur la toile, non : je parle de l’espace mental tel qu’il se développe en chacun de nous, à son propre rythme, grâce à l’éducation, à l’enseignement, à la littérature, à l’art et à la poésie. Le philosophe américain John Dewey a magistralement expliqué comment l’éducation à l’art ouvre l’imaginaire des enfants et comment cet imaginaire ouvert est indispensable à la vie démocratique. L’inégalité à réduire d’urgence – avec toutes les autres – c’est l’inégalité de l’accès à l’espace mental. Que la possibilité de rêver à l’amour, en lisant la Comtesse de Noailles, à Genève d’où venait Jean-Jacques Rousseau comme à Annecy où vivait Madame de Warens, soit accessible à chacun d’entre nous, petits et grands, suisses ou français, genevois ou annéciens – car c’est bien cette possibilité de rêver qui nous permet de vivre le confinement… en rêvant.”
 

Annecy, délicate, aimable, humble Venise,
Maisons et quais bâtis sur des canaux étroits,
Ville où Jean-Jacques a vu pour la première fois
Madame de Warens qui sortait de l'église... 

Voici, baigné des eaux d’un vert canal qui dort, 
Le jardin où vivait, jeune veuve isolée, 
Sous un arbre fleuri comme un grand azalée, 
La maternelle amante aux baisers sans remords.
(…)
 
Anna de Noailles, qui aimait tant… le lac Léman.
Extrait de Annecy, dans : Les éblouissements, 1907.


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Paul Rassat
Auteur, Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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