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Le monde d’après ?


Post confinamentum homo semper ridiculus aut imaginativus ?

Beaucoup d’initiatives apparaissent ici ou là pour accompagner un changement de société dès que nous serons sortis du confinement, de la « crise ». Peut-être faudrait-il se demander si nos fonctionnements actuels ne nous mènent pas à une crise permanente.
Depuis un certain temps, de manière récurrente, on entendait nos représentants parler de changer de logiciel, de paradigme, de bouger les lignes, de casser les codes… mais si tu changes le code à l’entrée de ton appartement, tu as toujours le même appartement, non ? Ne vaut-il pas mieux expérimenter d’autres modes de pensée qui changeront, bougeront, casseront d’abord nos façons d’être et de penser ?
Si nous avons besoin de modèles qui assurent à nos sociétés stabilité et sécurité, ne pourrions-nous en inventer qui profitent à tous plutôt qu’à une minorité issue d’un système particulièrement hiérarchisé à l’image duquel est notre enseignement ?

Pour étayer cette proposition, trois pistes :


| Publié le Jeudi 16 Avril 2020 | |

Le champignon de la fin du monde - Anna Lowenhaupt TSING
Le champignon de la fin du monde - Anna Lowenhaupt TSING

1- Des extraits du livre "Le champignon de la fin du monde" (Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme) d’Anna Lowenhaupt TSING.

Et si la précarité, l’indétermination et tout ce que nous avons l’habitude de penser  comme ayant peu d’importance, se trouvaient en fait la pièce maîtresse que nous cherchions ?...
La plupart d’entre nous ont grandi avec les rêves de  modernisation et du progrès. Ces cadres de pensée sélectionnent les parties du présent aptes à concourir au futur. Tout le reste est considéré comme trivial : de menues choses qui ont "décroché" de l’histoire .Je vous imagine en train d’objecter : Le progrès ? C’est une idée du XIX°siècle . Le terme "progrès", en référence à un état général, est devenu obsolète. Même la modernisation propre au XX°siècle commence à paraître archaïque. Soit, mais les catégories et les hypothèses qui relèvent du progrès continuent à persister un peu partout. Nous pensons quotidiennement dans le cadre des grandes notions qui les incarnent : la démocratie, la croissance, la science, l’espoir. Mais pourquoi devrions-nous être certains que les économies croissent et les sciences progressent ? Sans devoir faire référence de manière explicite au développement, nos théories de l’histoire sont mêlées à ces catégories….
Le progrès marche droit devant, emportant dans son rythme effréné d’autres types de temporalité. Sans ce tempo impérieux, nous pourrions y être sensibles. Chaque entité vivante rejoue le monde, que ce soit à travers les rythmes de croissance saisonniers, les schémas vitaux de la reproduction ou les expansions territoriales... Au sein d’une même espèce, on trouve ainsi de multiples filières temporelles qui s’entrelacent dans la manière dont les organismes se recrutent les uns les autres et se coordonnent pour remodeler des paysages entiers… La curiosité dont je me fais ici l’avocate suit à la trace de telles temporalités multiples. Grâce à elles, les arts de décrire et d’imaginer se voient revitalisés… Agnostiques quant à une direction qui serait en train d’être prise de manière inéluctable, il s’agit plutôt de chercher du côté de ce qui a été ignoré, de ce qui n’a jamais concordé avec la linéarité du progrès….

De la conversation" - Théodore Zeldin
De la conversation" - Théodore Zeldin

2- Un court passage du livre "De la conversation" de Théodore Zeldin

Les humains ont déjà changé plusieurs fois le monde en changeant leur façon de converser. Il s’est produit dans le domaine de la conversation des révolutions aussi importantes que les guerres, les émeutes ou les famines…Dans le passé, cela nous a valu la Renaissance, les Lumières, la modernité et la post-modernité…
…Lorsque des esprits se rencontrent, ils ne se limitent pas à échanger des faits : ils les transforment, les remodèlent et en tirent d’autres implications, se lancent dans de nouvelles directions. La conversation ne se contente pas de battre les cartes : elle en crée de nouvelles. Et c’est là ce qui me passionne. De la rencontre de deux esprits naît une étincelle…. Je ne pense pas qu’il faille être bavard pour converser, ni même particulièrement vif d’esprit… Ce qui importe, c’est d’être disposé à penser par soi-même et à dire ce qu’on pense…

 

Stéphane Sauzedde, directeur de l'ESAAA ©Paul Rassat
Stéphane Sauzedde, directeur de l'ESAAA ©Paul Rassat

3- Des passages d’une interview réalisée avec Stéphane Sauzedde - Directeur de l’ESAAA

Interview que vous pouvez retrouver dans son intégralité sur le site grâce à notre fenêtre de recherche par mots clés. D’autres articles du Directeur de l’ESAAA sont aussi à votre disposition.
Le sujet de notre conversation était le réchauffement climatique mais il est évident que l’on peut en transposer la teneur à toute la période que nous vivons actuellement, dans tous les domaines.

La surchauffe fait d’ailleurs réapparaître chez nos étudiants l’importance du collectif. Cela redevient une sorte d’évidence, quand bien même toute notre société dite "de consommation" promeut, structurellement, des régimes d’attention et d’actions individuelles. Il y a donc paradoxalement, de manière orthogonale au business as usual, un véritable retour du collectif, en tout cas dans les lieux que nous croisons grâce à cette recherche sur l’effondrement des Alpes...

… Mais n’est-ce pas parce que nous y sommes contraints ?
Beaucoup disent que la crise ou la catastrophe sont nécessaires à l’homme pour faire émerger les valeurs positives que sont l’empathie, la générosité, l’entraide, etc. Mais on peut aussi penser, de manière plus optimiste peut-être, que l’homme est fondamentalement habité par ces logiques d’entraide, d’empathie, de solidarité et qu’il lui est possible de les réactiver à tout moment, dès qu’il y a l’opportunité de les mobiliser... C’est important de le  pointer car cela permet de penser qu’il est possible de sortir de la situation actuelle sans passer par une catastrophe ou une apocalypse… Moi personnellement, je suis plutôt du genre optimiste – ou plus exactement, je préfère mener une politique qui va avec cette idée, plutôt que celle consistant à préparer la guerre ou la catastrophe…
 
Si on se réfère à un livre comme Le champignon de la fin du monde  de l’anthropologue Anna Tsing, on voit bien que si l’on fait croire aux gens que la stabilité apporte sécurité et bonheur, en fait, plus généralement, la recherche d’un nouvel équilibre est permanente et naturelle : apprendre, par exemple, c’est accepter d’abandonner, ne serait-ce qu’un instant ce qu’on sait pour étudier autre chose, aller vers une forme d’inconnu. Le bricolage effervescent de l’ESAAA va dans le sens de cet apprentissage, non ?
Le mouvement et l’instabilité font partie intégrante du vivant, assurément. Cela produit du tragique parfois, mais cela permet aussi l’affolante beauté de l’inédit, du nouveau, de la découverte, etc. Alors quand cette logique du vivant est bloquée, il est vrai que cela fabrique (en nous) de la frustration, de la douleur, des conflits…
…..
En ce qui concerne le bricolage, c’est  aussi quelque chose que nous revendiquons à l’ESAAA en effet, en tout cas si nous prenons ce terme dans l’acception que Claude Lévi-Strauss lui donne dans  La pensée sauvage : il énonce que le bricoleur agit dans le monde avec ce qu’il a sous la main, dans un lieu donné, in situ, opposant cette figure à celle de l’ingénieur qui conceptualise in abstracto, et qui met en place des gestes (une ingénierie, des usines, etc.) pour fabriquer ce qui lui apparaît nécessaire … Alors bricoleurs et ingénieurs produisent des mondes et des sociétés très différents : en forçant le trait on pourrait dire qu’il y a d’une part l’organisation sociale hiérarchique et managériale de la division des tâches, et de l’autre, avec les bricoleurs, un monde de savoirs locaux, situés, entremêlés entre eux, et liés à des connaissances extrêmement fines de leurs environnements….
 

… On s’adapte à l’environnement ou bien on adapte l’environnement à ses désirs et à ses projections...
Oui. Et pour le sujet "surchauffe climatique", on sait dorénavant qu’il est lié à l’industrialisation outrancière du monde et donc aux paradigmes de la pensée moderne pour lesquels il s’agit de maîtriser et utiliser ce que l’on appelle "environnement" et "nature"… Cette logique de maîtrise sous-tend la pensée ingénieur, si on peut le dire ça ainsi ... Et si cette pensée ingénieur fait partie des incroyables puissances de l’homme, il semblerait qu’en survalorisant ce type de pensée à l’exclusion de toute autre approche nous foncions droit dans le mur…
 pourquoi sommes-nous dans une époque  si déraisonnablement industrielle et extractiviste ? Pourquoi le primat de la pensée et de la gestion "ingénieur" ?  Pourquoi sommes-nous dans l’ornière actuelle d’un monde désirant la production et  la consommation infinies d’objets ? Et pourquoi pensons-nous que cette dynamique produit du progrès ?… Tous ces schèmes apparaissent naturels à la plupart de nos concitoyens, mais il se pourrait bien qu’un jour ils soient perçus comme les signes d’une barbarie que beaucoup ont encore du mal à discerner...

Dans "Effondrement des Alpes", les concerné·e·s qui travaillent avec nous proposent, touche après touche, des idées et des formes qui ont donc en effet plutôt à voir avec le bricolage : avec des savoirs plus "situés", enracinés dans des milieux, certains précisément liés à la notion de biorégion – une organisation du territoire qui prend en considération le vivant et toutes les caractéristiques du milieu où se trouve l’homme, et cela produit des conséquences dans tous les domaines comme l’habitat, l’alimentation, l’économie… Il s’agit rien de moins que de trouver des portes de sortie, quitter l’impasse de la situation actuelle....

Les bouleversements actuels semblent pourtant libérer des réflexions que contraignait le modèle en place depuis quelques siècles...
En fait je pense qu’il y a toujours eu d’autres modèles ou imaginaires disponibles… Il y a toujours eu des idées et des formes qui permettaient de prendre d’autres chemins, simplement l’horizon de réception de ces futurs potentiels n’était pas ouvert.

Aujourd’hui de même, grâce à notre travail dans "effondrement des Alpes", nous voyons que beaucoup d’autres imaginaires sont disponibles. La question est celle de notre capacité collective à nous saisir de ces autres modes de pensée et d’agir …
 
Converser, penser le mouvement, être les artisans de nous-mêmes, beau programme !
 
 

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Paul Rassat
Auteur, Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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