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Jeu, set et match qu’est la vie dans sa dimension la plus essentielle


La culture est jeu. L'un de nos tout récents articles né d'une conversation avec Jean-Noël Portugal s'intitulait "Le futur devrait être un jeu". La culture est déjà le jeu le plus noble qui soit, promesse d'espoirs, jeu de l'esprit, des mots, des sons, des images qui enrichissent et ouvrent la réalité.


| Publié le Jeudi 4 Juin 2020 | |

Jeu, set et match qu’est la vie dans sa dimension la plus essentielle ©JonathanPetersson
Jeu, set et match qu’est la vie dans sa dimension la plus essentielle ©JonathanPetersson
Six années à jouer, à écrire pour Move-On Magazine, à accompagner la culture sous bien des formes. Six années sous le signe du jeu… « Car, pour trancher enfin d’un seul coup, l’homme ne joue que là où dans la pleine acception de ce mot, il est homme, et il n’est tout à fait homme que là où il joue. » Friedrich Schiller cité par Alain Caillé

Le plaisir du texte de Roland Barthes
« Pour échapper à l’aliénation de la société présente, il n’y a plus que ce moyen : la fuite en avant : tout langage ancien est immédiatement compromis, et tout langage devient ancien dès qu’il est répété… En face, le Nouveau, c’est la jouissance… D’où la configuration actuelle des forces : d’un côté un aplatissement de masse (lié à la répétition du langage) - aplatissement hors-jouissance, mais non forcément hors-plaisir - et de l’autre un emportement (marginal, excentrique) vers le Nouveau, emportement éperdu qui pourra aller jusqu’à la destruction du discours … »
« La forme bâtarde de la culture de masse est la répétition honteuse : on répète les contenus, les schèmes idéologiques, le gommage des contradictions, mais on varie les formes superficielles : toujours des livres, des émissions, des films nouveaux, des faits divers, mais toujours le même sens… : la critique porte toujours sur des textes de plaisir, jamais sur des textes de jouissance : Flaubert, Proust, Stendhal sont commentés inépuisablement ; la critique dit alors du texte tuteur la jouissance vaine, la jouissance passée ou future : vous allez lire, j’ai lu : la critique est toujours historique ou prospective : le présent constatif, la présentation de la jouissance lui est interdite ; sa matière de prédilection est donc la culture, qui est tout en nous sauf notre présent…
Ce texte est hors-plaisir, hors-critique, sauf à être atteint par un autre texte de jouissance : vous ne pouvez parler « sur » un tel texte, vous pouvez seulement parler « en » lui… 
 D’où deux régimes de lecture : l’une va droit aux articulations de l’anecdote, elle considère l’étendue du texte, ignore les jeux de langage… l’autre lecture ne passe rien ; elle pèse, colle au texte… ce n’est pas l’extension (logique) qui la captive, l’effeuillement des vérités, mais le feuilleté de la signifiance ; comme au jeu de la main chaude, l‘excitation vient, non d’une hâte processive, mais d’une sorte de charivari vertical (la verticalité du langage et de sa destruction) ; c’est au moment ou chaque main (différente) saute par-dessus l’autre (et non après l’autre), que le trou se produit et emporte le sujet du jeu – le sujet du texte - la pression du langage capitaliste… n’est pas d’ordre paranoïaque, systématique, argumentatif, articulé : c’est un empoissement implacable, une doxa, une manière d’inconscient : bref l’idéologie dans son essence. »
Ces passages de texte barthien mal raboutés font l’éloge du jeu, de la jouissance par le jeu plutôt que du plaisir convenu et répété, de la création plutôt que du commentaire car sinon notre vie se résume à un résumé, un pitch, un synopsis.
 
On n’y voit rien - Descriptions de Daniel Arasse
Merveilleux titre qui consiste à énoncer qu’on n’y voit rien à propos d’un essai qui étudie quelques tableaux célèbres afin d’y voir ce qu’on n’y voit pas habituellement.
Jeu de l’esprit, espièglerie.
« …Pourquoi n’y aurait-il pas de l’humour dans ce tableau ? J’ai l’impression que, toi, si rieuse d’habitude, tu n’as pas voulu faire joyeusement de l’histoire de l’art. Comme si c’était un devoir professionnel de ne pas rire, ni même sourire. Ce ne serait pas sérieux. Serio ludere, « jouer sérieusement », tu connais pourtant ce proverbe de la Renaissance, et son goût pour le rire et le paradoxe. On dirait que, pour être sérieuse, tu devrais te prendre au sérieux, être seriosa et non seria comme vous dites en italien, montrer patte blanche à ces gardiens de cimetière qui se drapent dans la prétendue dignité de leur discipline et, au nom d’un triste savoir, veulent qu’on ne rie jamais devant la peinture. »
 
Histoires de peintures, toujours de Daniel Arasse, propose un chapitre intitulé La règle du jeu.
On y lit.
« Si on veut comprendre un peu mieux la dynamique interne de cette période qu’est le XV° siècle, où s’invente la perspective, il faut prendre en compte à la fois l’invention des règles, c’est certain, mais aussi immédiatement après l’invention du jeu à l’intérieur de ces règles. »

L’humour est jeu, en témoigne ce texte :
La pensée de Benar El-Falouz
« Benar el-Falouz (Bora Bora 1818-Baden Baden 1919) est le fondateur de l’école tautologique dont les principes fondamentaux sont définis dans l’œuvre Je dis ce que je dis : L’ÊTRE est l’ÊTRE, la Vie est la Vie, l’Amour est l’Amour. Ce qui plaît plaît, Qui peut peut et le Néant Anéantit. »…
Cependant le « fidèle disciple Gourou Gourou… après avoir soutenu que « les affaires sont à faire », s’était enfui avec la caisse de la communauté….
D’un tel événement (que la littérature nomma le Tournant ou la Benar el-Falouz-Khere) ne pouvait que naître, par un renversement dialectique interne, l’école hétérologique… dont le fondateur soutenait que L’Être est le Néant, le Devenir reste, L’Esprit est la matière, la Matière est Esprit… jusqu’à l’énonciation du fameux principe ultime :  « La philosophie finit avec les Présocratiques. »
L’école hétérologique accusait les tautologistes de n’avoir inspiré que des œuvres d’un maigre intérêt artistique comme Tora Tora, New York New York, Nono Nanette et Que sera sera…. ».
Extrait du livre de Umberto Eco Comment voyager avec un saumon
 

La narapoïa, conférence de Boris Cyrulnik, confirme l’importance du jeu social, d’esprit… Conférence donnée au Théâtre du Rond Point.
« Je vais faire un exposé sur la narapoïa. La narapoïa est une psychose très grave où le malade délire tellement qu’il est convaincu que tout le monde lui veut du bien. Faut être malade ! Pour être convaincu de ça, faut vraiment délirer. Alors, cette psychose grave a été décrite pour la première fois par Otto Krank. Je vais donc vous exposer la psychose et puis la vie et l’œuvre d’Otto Krank. Lorsque Otto Krank s’est rendu compte que les narapoïaques pensaient systématiquement qu’on leur voulait du bien, il a envisagé deux traitements, un traitement par chimiothérapie, un kilo d’ergatif le matin, un kilo le midi, deux kilos au coucher et après quelques semaines de traitement on a pu constater une nette amélioration parce que le malade commençait à se demander si on lui voulait vraiment du bien. Alors ensuite il a préféré la psychothérapie pour soigner la narapoïa et c’est alors qu’Otto Krank a découvert la psynachalyse, qu’il ne faut pas confondre avec la psychanalyse. Alors il est devenu psynachalyste… Alors comme je veux être pris au sérieux, je vais m’arranger pour être compliqué, parce que si par malheur vous me comprenez, vous n’allez pas me prendre au sérieux. Alors je vais donc partir d’un principe simple et je vais le compliquer progressivement. On appelle ça la déconstruction, inspirée par Derrida, Roland Barthes et Louis de Funès… On va partir de l’énoncé « Moi je suis ç’que je suis, je ne sors pas de là ». Ça c’est un énoncé qu’on trouve chez Michel Audiard  « Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. » Alors, pour faire compliqué, on peut compliquer l’énonciation, par exemple… »

Mallarmé mis en illustration par Odilon Redon
Mallarmé mis en illustration par Odilon Redon
« L’envers c’est les autres » ou Sartre revu par Boris
Lors d’une émission de télévision on demandait un soir (ou était-ce une nuit ?) à Boris Cyrulnik, sommité de l’éthologie, de la psychiatrie et de la psychanalyse de définir la folie.
Alors qu’on fume les sommités de certaines plantes, on a tendance à encenser les sommités humaines dont le parcours nous épate. Ainsi, il y a déjà pas mal d’années, Boris faisait de la publicité, il était « boulettologue chez Fido et a réussi à force de travail à devenir une sommité dans le monde des psys.
Que croyez-vous que Boris répondit ? Que sur le plateau de télévision qui rassemblait quelques écrivains, un animateur à l’anima débordante et des techniciens, il était lui, Boris Cyrulnik, le seul sain d’esprit et que tous les autres étaient fous. Il paraît qu’Einstein se posait la question, qui était fou, lui ou les autres ?
Qu’en penser ?
Quand je vais voir mon psy pour qu’il m’aide à me guérir de ma folie, je vais consulter un fou afin qu’il me guérisse alors que je suis sain d’esprit et que c’est donc moi qui le mène sur la voie de la guérison.
C’est fou, non ?
Mais à y réfléchir, heureusement qu’il y a les autres et qu’ils sont fous parce que, sinon, comment saurais-je que je suis normal ?
 
"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" Stéphane Mallarmé

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Paul Rassat
Contributeur Ambassadeur chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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