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Henry Duchemin aide les entreprises à faire leur miel


Comment sociologie et éthologie combinées nous redonnent du (bon) sens.


| Rédigé le Mercredi 3 Juillet 2019 |

Si j’ai bien compris, vous êtes coach d’abeilles et éleveur d’entreprises ? Entreprisiculteur.  
 
On peut dire ça. Je suis apiculteur et coach d’entreprises. C’est un peu le même métier. L’apiculteur coache les équipes d’abeilles dans les ruches avec l’objectif qu’elles fassent du miel. Le coach accompagne les équipes d’entreprises dans le but qu’elles contribuent à la réussite du projet de l’équipe, de l’entreprise ou du comité de direction suivant les cas.

Quelle a été votre première activité chronologiquement ?
J’ai d’abord été apiculteur, jamais professionnel. Cette aventure m’est arrivée il y a 38 ans alors que j’étais étudiant. J’ai rencontré un apiculteur qui m’a mis sur le chemin des ruches qui m’ont plongé dans le monde des abeilles.

Oui mais pour cela il faut une curiosité, un intérêt personnel ; d’autres n’auraient pas réagi comme vous.
C’est une forme de sérendipité. J’aurais effectivement pu refuser l’aventure en me disant « Les abeilles, ça pique » et penser plutôt aux filles. 

On peut être piqué de filles aussi.
L’un n’empêche pas l’autre. Je me suis donc mis à avoir des ruches mais je n’y connaissais rien sauf de manière théorique car j’étudiais la sociologie…

Il y a un lien.
D’autant plus qu’en sociologie il y a des modules d’éthologie qui s’intéressent aux sociétés animales. Cependant, quand vous ouvrez une ruche, vous n’avez pas le temps d’aller voir dans un bouquin ce qu’il faut faire. Il faut être dans l’immédiateté, dans la relation, dans la centration et dans l’observation. Vous ne pouvez pas parler aux abeilles mais il faut vraiment créer une relation qui doit être d’humilité, d’observation, de curiosité et d’écoute. Tous ces mots sont les mots clés du coaching d’équipe.
 

Le parallèle est évident mais dans une ruche la sexualité est très structurée et restreinte. On la considère parfois comme une perturbation dans certaines structures humaines.
On peut se demander si elle est un parasite ou un moteur. Elle oblige en tout cas à la rencontre.

Effectivement, la sexualité est à la fois aventure et rencontre, mais elle a pu être considérée de manière négative pour la productivité.
Toute rencontre est transformatrice pour ceux qui y participent, et le projet d’une entreprise est de transformer le monde par des produits ou des services. La rencontre est le cœur de tout système vivant et donc de l’entreprise.

La référence à la sexualité avait aussi une connotation d’humour, mais plus sérieusement, il faut vraiment accepter l’idée de rencontre, d’aventure, de transformation, l’idée que toute rencontre n’aboutit pas alors que notre société est tournée vers la productivité immédiate. C’est peut-être pour cette raison que certaines pistes sont abandonnées à tort.
Toute rencontre est potentiellement une transformation mais si vous refusez la transformation, vous bloquez la rencontre. Si les abeilles ne se rencontrent pas au sein de la ruche, ne vont pas à la rencontre des fleurs, il n’y aura pas de miel. La ruche la mieux organisée au milieu d’un désert…

Et je vous ai déjà entendu dire que les abeilles préservent et entretiennent leur environnement, contrairement à certaines entreprises humaines.
Il y a à la fois une logique systémique et un respect de la ressource avec une contribution à son renouvellement par la pollinisation. C’est une grande leçon pour nous humains qui sommes tellement dans l’avidité que nous puisons dans les ressources sans penser à les renouveler ou à les régénérer. Ceci nous mène à l’une des impasses actuelles. Des dégâts considérables ont été causés ainsi qu’une dépendance telle au consumérisme qu’on a du mal à imaginer d’autres manières d’être. Il faut y ajouter la dispersion de toxines un peu partout sur la planète, ces nanoparticules de plastique, par exemple, que l’on retrouve dans tous les organismes et jusque dans le miel.

Peut-on là aussi établir un parallèle et dire qu’il y a des toxines humaines au sein des entreprises ?
 
Certaines postures génèrent une certaine toxicité relationnelle qu’il faut traiter parce qu’elle peut avoir des effets considérables. L’apiculteur accompagne les abeilles pour les aider et les protéger. Il les protège en les installant près d’un système floral prospère et les protège des maladies, des toxines, des problèmes thermiques… L’analogie fonctionne aussi avec une équipe. Il faut l’aider à déployer son potentiel et la protéger de ce qui la menace.

A l’extérieur et à l’intérieur.
Une entreprise qui aurait une forte cohésion et de beaux talents ne peut pas se développer sans un contexte favorable.

Il doit être délicat d’intervenir sur des toxines au sein d’une entreprise.
Ça s’appelle de la régulation. On n’est pas dans l’affect mais dans des processus, dans des interventions sur des mécanismes relationnels qui permettent de faire avancer un groupe.
 
Même si un groupe humain est plus complexe, il y a des points communs avec les abeilles : c’est le fondement de mon approche. La différence est la question du pourquoi.

Si nous allons voir dans les meutes de loups ou dans les ruches, il y a plein d’idées géniales à prendre.
La question du sens est primordiale dans les entreprises humaines et s’ajoute à la survie du système. Pourquoi on fait ça ? Pourquoi j’agis individuellement, dans un groupe, dans une entreprise, dans la société ?
 

Quand vous allez voir vos abeilles, est-ce que vous leur parlez des entreprises ?
Je me mets dans la position qui me permet de comprendre la logique de leur réussite. C’est une pratique d’accompagnement qui consiste à être avec pour aller quelque part.

Il ne vous est jamais arrivé de dire « Avec cette équipe, ce n’est pas possible » ?
Il y a toujours une possibilité, y compris d’aller à la rupture qu’il faut alors considérer comme positive. Ce qui est impossible, c’est qu’il ne se passe rien.

Revenons à l’idée de donner du sens. On nous parle beaucoup de valeurs actuellement, mais cela sonne un peu creux. Peut-être parce que l’on n’arrive pas à donner du sens. Ce mot est peut être moins ambitieux, moins moral mais plus significatif et pertinent.
 
Le sens est à la fois individuel et collectif et permet de travailler sur la dynamique entre ces deux dimensions. La question est de savoir comment les sens individuels de ceux qui travaillent dans une équipe font sens commun et partagé.
Le sens commun et partagé des abeilles est très simple : constituer des stocks de miel suffisants pour passer l’hiver et faire qu’il ne soit pas mortel.

Il serait plus facile de donner du sens à nos actions si nous étions moins prospères ?
Il est probable que la solidarité, les pratiques collaboratives, viendraient contrecarrer l’individualisme.    

Dans le « Discours de Dakar » un Président reprochait, en quelque sorte, aux Africains de ne pas être assez entrés dans l’Histoire ; nous y sommes tellement entrés que nous détruisons la planète.
Ce discours était teinté de colonialisme. Il n’y a pas des humains plus malins que les autres mais différentes façons d’habiter la planète, La nôtre n’est sans doute pas la plus vertueuse ni la plus durable.

J’aime bien le mot « hôte ».Il désigne à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli. Nous accueillons la planète et sommes accueillis par elle.

Nous faisons partie de la planète.
La relation avec les abeilles vous remet dans la logique ambivalente du mot « hôte ». Vous les accueillez dans votre ruche mais elles vous accueillent aussi puisqu’elles peuvent se barrer.
 

Henry Duchemin aide les entreprises à faire leur miel

Votre approche est positive, nous remet à notre véritable place.
C’est comme ça, sans jugement de valeur, holistique, global. Positive, je ne sais pas, mais cela nous donne une responsabilité. Plus vous êtes dans le monde, plus vous êtes avec les autres et plus vous êtes responsable. Vous considérez alors que tout être vivant contribue à la niche écologique au sein de laquelle nous sommes. Même les guêpes qui semblent moins directement utiles que les abeilles. Un dicton genevois affirme « Qui tue une guêpe aura mille mouches de plus dans le mois qui suit » parce que les guêpes détruisent les larves de mouches et contribuent ainsi à un équilibre.

La segmentation a permis à la science des 19 et 20è siècles de bien comprendre les choses mais on en arrive maintenant à une logique plus holistique, plus dans l’interdisciplinarité, on laisse davantage de place à l’intuition, à la sensibilité, à la créativité.

Ce discours passe facilement auprès d’un chef d’entreprise ?
Ça dépend.

Vous vous adressez d’ailleurs plus à une équipe qu’à une personne.
Dans une équipe d’ingénieurs, vous avez plus de probabilités de vous adresser à des gens qui comptent davantage sur la raison que sur la sensibilité. Des commerciaux ou des créatifs seront sans doute plus sur l’intuition.
 
Il ne s’agit pas d’empêcher chacun d’être ce qu’il est mais de trouver des liens qui génèrent de la complémentarité et du respect de la différence. Tous les rôles se complètent.

Nous souffrons tous d’arthrose intellectuelle.
J’aime bien la formule. La neurobiologie nous parle de cerveau rationnel et de cerveau intuitif ; l’un n’empêche pas l’autre.

Et à tout ceci, vous ajoutez une petite touche de philosophie.
Oui, dès lors qu’on pose la question du « Pourquoi ? » sans se satisfaire du seul « Comment ? » on est dans la philo. D’ailleurs certaines entreprises, ou bien des réunions inter entreprises, accueillent des philosophes afin de ne pas rester dans le seul « Comment faire ? » mais aussi « Pourquoi ? »

On ne peut pas vous objecter qu’en améliorant le fonctionnement d’une entreprise et même le bien être au travail vous servez finalement le but d’augmenter les bénéfices de celle-ci ?
Peut-être mais c’est plus complexe parce qu’une entreprise génère énormément de choses sur les plans humain, relationnel en plus du bénéfice, qui est nécessaire.
 
Mon objectif est de permettre à chacun de déployer ses talents dans un collectif ; je ne fais pas le miel à la place de mes abeilles.

Y a-t-il de mauvaises reines chez les abeilles ?
Une reine qui a été mal fécondée peut faillir à sa mission de ponte, ce qui affaiblit l’ensemble du système. Ses hormones de cohésion peuvent être insuffisamment durables [c’est l’odeur de la reine, transmise d’abeille à abeille qui assure la cohésion d’une ruche]…

Comme à la suite d’une mauvaise élection !
Les abeilles peuvent être amenées à se débarrasser d’une reine défaillante, à la tuer pour la remplacer par une autre. Nous l’avons fait en 1789 mais nous ne jouons pas souvent à ces trucs-là !

C’est intéressant parce qu’on imagine que les animaux ne fonctionnent qu’à partir d’instinct.
Leur perception des choses peut entraîner des régulations. On peut parler d’intelligence collective.

Cette notion de régulation nécessite une souplesse de fonctionnement qui vienne équilibrer le poids de la hiérarchie.
L’entreprise taylorienne sur un mode pyramidal a vécu. Dans le domaine de la production, nous passons de la nécessité de quantité à celle de complexité pour laquelle un système pyramidal n’est pas adapté.
Dans la ruche la reine ne commande pas la production, le système n’est pas centralisé, les abeilles s’organisent en équipes et elles en changent pour occuper au cours de leur vie tous les emplois.
Il y faut, comme dans les entreprises, de l’agilité, de la contribution. La clé est donc de substituer à une posture d’obéissance une posture de contribution.


Informations et contact sur www.melilotconsulting.com

 
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