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Exposition Pierre Soulages à la Fondation Gianadda


Pierre Soulages, un homme libre dont le travail au noir nous éclaire. L'artiste sera exposé en Suisse, à la Fondation Gianadda du 15 juin 2018 au 25 novembre 2018.


| Rédigé le Lundi 18 Juin 2018 |

Léonard Gianadda lors du vernissage, vendredi 15 juin 2018 ©Paul Rassat
Léonard Gianadda lors du vernissage, vendredi 15 juin 2018 ©Paul Rassat
   Il existe un langage performatif qui crée en disant. La création de Pierre Soulages relève de cette démarche. « Je réfléchis le pinceau à la main. J’avance toujours attentif à ce que je ne sais pas et qui peut arriver. »
   Pierre Soulages crée pour être libre. Paul Valéry écrit « Anarchiste, c’est l’observateur qui voit ce qu’il voit et non ce qu’il est d’usage que l’on voie. » Soulages va plus loin encore. Cette liberté se conquiert, elle nécessite des instruments, une pratique, une éducation, l’implication de toute une vie.

   Concernant ses œuvres apparemment les plus abouties et les plus épurées, les dimensions finies semblent pouvoir se prolonger bien au-delà du cadre, à l’infini, dans ce mouvement de vibration et de rythme dont le clinamen de Lucrèce et d’autres était constitué. Cette pluie d’atomes dont nous serions issus.
   L’œuvre de Pierre Soulages ne consiste-t-elle pas à accrocher des étincelles de lumière grâce au noir essentiellement, à transformer l’impalpable en lumière ? A dépasser l’oxymore célèbre de « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » ?
   Dans sa 99° année, l’artiste confie que « vastitude » est son mot préféré et conclut « Je me sens libre. »
La vie est, pour le commun des mortels, une re-présentation que chacun s’applique à construire, s’applique en s’appuyant sur les appliques ready made des supports de la pensée, des éléments (si) communs de langage et de perception.
    L’artiste, et en ceci Pierre Soulages excelle, tente d’être unique en donnant vie, en mettant au jour et à la lumière. Une œuvre naît à la vie comme un enfant voit le jour.
 

   Il n’est pas indifférent que cette exposition soit proposée à la Fondation Gianadda, mausolée à la mémoire de Pierre Gianadda, réceptacle de la mort et de la vie que les œuvres exposées célèbrent sans cesse. A se demander ce qui, finalement, relève de l’art, puisque le parc de la Fondation présente de la même manière, par des cartels comparables, les œuvres exposées et les arbres qui voisinent, la « Grande Maternité » d’Henri Laurens et le « bouleau blanc » qui l’ombrage.
 
   La Fondation apparaît alors comme un creuset dominé par les vignobles que l’art humain a disposés à flancs de montagnes.
Empruntons à Jean de la Croix, que cite Pierre Soulages, de quoi prolonger ce qui jamais ne se conclut, le mouvement de la création, de la liberté et de la vie « Pour toute la beauté jamais je ne me perdrai sauf pour un je ne sais quoi qui s’atteint d’aventure. »
 
Pierre Soulages ©Vincent Cunillère
Pierre Soulages ©Vincent Cunillère

Exposition Pierre Soulages à la Fondation Gianadda
Exposition Pierre Soulages à la Fondation Gianadda
Camille Morando, commissaire de l’exposition Pierre Soulages, responsable de la documentation des œuvres des collections modernes du Musée national d'art moderne-CCI Centre Pompidou, a bien voulu répondre à Move-On pendant le vernissage.
 
Pierre Soulages affirme qu’il ne faut pas interpréter sa peinture, mais il est impossible de s’en empêcher.
Il laisse plutôt toute liberté au « regardeur » de faire ce qu’il veut. Le créateur est seul lors de la création, mais il crée pour être exposé et l’œuvre lui échappe alors, elle ne lui appartient plus.

C’est ce qu’il dit « La réalité de la peinture est dans le triple rapport entre la chose montrée, celui qui l’a faite et celui qui la regarde. »
Il dit même que chacun peut y voir ce qu’il veut. Nous nous sommes rendus compte cet après midi pendant la visite d’exposition que nous avons effectuée ensemble qu’il peut y avoir une approche spirituelle, artistique… Tout est possible.

Est-ce que l’on peut considérer que l’exposition que vous avez réalisée et que nous propose la Fondation Gianadda permet de suivre une évolution de Pierre Soulages vers une épuration, un allègement ? On quitte peu à peu les formes pour aller vers la matière et la lumière.
On peut penser qu’avec l’histoire de chaque personne se réalise un travail d’économie pour aller à l’essentiel. Pierre Soulages a toujours été dans cette justesse d’une œuvre qui présente sans représenter, qui est toujours économe, dès le départ ; avec le temps, la recherche, l’acrylique depuis 2004, les effets de lumière parlent peut-être plus tout seuls , même si d’autres couleurs que le noir sont présentes dans les œuvres, oui, on peut parler d’une forme d’économie d’un artiste qui essaie de traduire de plus en plus l’essentiel.

Qui nous renvoie à la relation au temps et à une dimension d’éternité.
Chez Soulages la relation au temps est très forte. Il ne faut jamais penser qu’un artiste est obligé de montrer, de dénoncer, de s’engager dans les choses du temps qui vont tellement vite à notre époque. Le temps de Soulages est différent. Il a d’abord traversé lui-même tout le 20° siècle ; le temps de la création , ensuite, est long, il demande de la réflexion et puis le temps de la peinture et de l’art remonte à la préhistoire, à l’art pariétal. C’est ce qui se voit à travers sa création.
Vous disiez qu’il ne re-présente pas, il présente. A la Fondation Gianadda, nous sommes au milieu des montagnes, l’artiste cherche à laisser une trace et non à retracer, comme on laisse une trace dans la neige, comme on ouvre une voie en montagne. L’idée de laisser une trace semble importante dans l’art.
 
C’est profondément humain. Pierre Soulages a consacré toute sa vie à la création, toute sa vie, c’est à cela qu’on reconnaît les grands artistes et il termine le petit film que nous venons de voir à l’instant en disant « Je suis libre. » Ceci inclut beaucoup de contraintes, une forme d’ascèse.
 

Pierre Soulages dit que la liberté se conquiert.
Elle caractérise tout être humain qui réfléchit, qui veut vivre. Elle ne consiste pas à vouloir tout faire mais à être capable de renoncements. Dans sa 99° année , Pierre Soulages est encore et toujours dans cette démarche de création, de recherche de liberté ; encore aujourd’hui, il découvre des chemins.

Camille Morando, qu’avez-vous appris personnellement en organisant cette exposition ?
Même si l’on n’est pas dans un travail de création, comme Pierre Soulages, ceci nous plonge dans un travail d’étude, de recherche. Il arrive qu’on se sente seule et la démarche collective est importante. Le travail d’équipe a été merveilleux, avec Pierre et Colette Soulages aussi.
J’ai beaucoup appris. Une œuvre est vivante, elle continue à toucher, à émouvoir, à poser des questions. Ce qui est présenté à la Fondation Gianadda est une rétrospective, ce qui permet de relire le travail de Pierre Soulages, de le remettre en perspective. 80% des œuvres exposées ici viennent du Centre Pompidou, ce qui nous donne la possibilité de les voir autrement, de les redécouvrir, de les confronter. J’ai beaucoup appris et j’en suis très heureuse.
 
Huile sur toile ©Centre Pompidou, Philippe MIGEAT
Huile sur toile ©Centre Pompidou, Philippe MIGEAT

Polyptyque composé de 4 panneaux ©Centre Pompidou, Philippe MIGEAT
Polyptyque composé de 4 panneaux ©Centre Pompidou, Philippe MIGEAT

Brou de noix sur papier ©Christian BOUSQUET
Brou de noix sur papier ©Christian BOUSQUET

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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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