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Des oiseaux par milliers !


Avec M. Hubert Bonnetain, de Massilly vers un musée qui accueillera bientôt sa collection.


| Rédigé le Lundi 18 Décembre 2017 |

Comme des oiseaux en cage
Comme des oiseaux en cage
Visite privée d’une collection ornithologique bientôt publique
 
Avec M. Bonnetain, nous nous retrouvons à la confluence de la médecine, de l’ornithologie, de l’Histoire, de l’art, de la passion… et d’Harry Potter !
Nous sommes une dizaine de visiteurs invités ce jour-là à découvrir cette collection unique d’oiseaux. Un escalier étroit, nous montons à l’étage de cette discrète maison de village… pour arriver sur une autre planète où le moindre espace est occupé par des oiseaux naturalisés, en cartons, sous pochettes, en vitrine…
M. Hubert Bonnetain guide la visite.

5780 spécimens ?
C’est une collection familiale qui a été débutée par mon grand père, continuée par mon père et par-moi-même et qui va prochainement trouver sa place dans un musée de la région. Mes grands parents m’avaient transmis l’embryon de cette collection, 150 spécimens, quand j’avais quinze ans à condition qu’elle aille un jour à un musée et qu’elle ne se retrouve pas dans le commerce. J’accomplis donc l’exigence familiale.
 

M. Hubert Bonnetain
M. Hubert Bonnetain
Je suis particulièrement content que la collection aille à un musée lyonnais puisque j’ai passé ma vie de jeune homme et ma vie professionnelle à Lyon.

Vous remarquerez que nous sommes en plein inventaire. Cette collection constituait un matériel d’étude et n’était pas destinée à l’exposition, maintenant qu’elle part pour exposition il faut dresser un inventaire, demander une autorisation de transport puisque ce sont des spécimens protégés.

Nous sommes dans la maison de mon grand père et cette collection n’a pratiquement jamais été montrée, à l’exception de quelques visites, mais je suis sensible à l’éducation du public, à son information.

J’ai passé mes dimanches à la constituer. J’allais souvent à l’Hôtel Drouot pour des ventes de collections et j’ai fait de la systématique, c’est-à-dire du classement des espèces, de la phylogénie, qui s’intéresse à l’évolution de la forme. J’ai travaillé sur l’évolution génétique des espèces au cours du temps, et puis, c’est vraiment mon sujet, j’ai effectué des études physico-chimiques sur les pigments qui composent la couleur des plumes des oiseaux.

J’ai fait ce que j’ai pu parce que j’étais aussi très occupé par ma profession de médecin.
Je vais bientôt avoir soixante-dix ans et je passe le témoin. J’ai d’importantes archives que je transmettrai aussi au musée.
 

En famille
En famille
Vous serez consulté sur la présentation de la collection ?
Il y a des muséastes qui sont beaucoup plus forts que moi pour la présentation, qui sont même géniaux. Je ferai peut-être quelques petites réflexions, de même qu’on m’avait demandé mon avis pour la présentation d’une collection de poisons avec de l’arsenic, de la strychnine, des petites grenouilles toxiques… et au milieu deux bidons de glyphosate. J’ai fait observer que le glyphosate est deux fois moins toxique que le sel de table (Ébahissement des visiteurs !) et cinq fois moins que la tallowamine, elle aussi présente dans le glyphosate et qu’on retrouve dans certains savons.
Alors, puisque vous me le demandez, il arrive que je donne mon avis.
Le débat sur le glyphosate correspond davantage à un choix de société qu’à un débat scientifique. Mais pourquoi pas ?

Avez-vous des spécimens préférés ?
Non, pas spécialement; vous avez ici un spécimen remarquable, le quetzal qui était l’oiseau roi des Incas. Remarquez l’iridescence et la longueur des deux plumes centrales de la queue.
Pour moi, toute espèce, de la plus commune à la plus rare, présente une égale valeur d’étude. Il est certain que vous êtes content d’avoir un spécimen d’une espèce disparue, mais vous ne pouvez pas étudier ses pigments, ni son ADN parce qu’il est tellement unique qu’il ne s’agit pas d’y toucher. Finalement, non, je n’ai pas de spécimens préférés à part ceux qui m’ont conquis par l’adresse de mes taxidermistes et qui représentent l’histoire de la taxidermie.
 

Prêts à l'envol
Prêts à l'envol
L’importance de chaque spécimen est relativisée par l’ensemble de votre collection et par votre approche de celle-ci.
Exactement. Elle vient, d’une certaine manière, de l’amour des oiseaux et d’une rencontre, lorsque j’étais étudiant, assistant au laboratoire d’hygiène de la faculté de médecine de Lyon, avec un ornithologiste du laboratoire voisin et nous avons « sombré » dans l’étude scientifique.

Pour consacrer autant de temps et d’énergie à votre collection, il faut au départ une véritable passion.
C’est une passion. C’était une passion extrêmement salutaire. Je travaillais très longtemps dans la journée, j’adorais mon métier de médecin mais c’était quand même fatiguant et, grâce à cette discipline, je me détendais.

Il y a des connexions entre votre profession de médecin et votre passion qui exige une approche technique, si l’on peut dire.
Technique pour la taxidermie qui est un peu de la chirurgie animale et intérêt aussi pour le vivant, mais pas que l’humain. Il est vrai que les grands collectionneurs des deux siècles précédents étaient presque tous des médecins.

Une question idiote. Vous est-il arrivé de voir des humains, des patients comme des oiseaux ?
(rires). Non, il y a une dichotomie totale.
S’ensuit un moment de plaisanterie pendant lequel il est question, entre l’hôte et les visiteurs, de noms d’oiseaux, d’expression comme grande bécasse, triple buse, canard boîteux… Un grand hocco femelle attire notre attention. Alors que le plumage du mâle est très discret, elle affiche une apparence plus colorée, à l’inverse de l’habitude. Hubert Bonnetain en profite pour expliquer que l’apparence du mâle, si elle est en partie destinée à séduire la femelle, permet aussi de détourner les prédateurs du nid en attirant leur attention.
 

Des oiseaux par-dessus la tête
Des oiseaux par-dessus la tête
N’avez-vous pas un pincement au cœur à l’idée de voir partir votre collection ?
Certains sont choqués par ma réponse, mais pas du tout, cela a été du matériel d’étude. Je collectionnais pour étudier.

Qu’avez-vous retiré de ces études ?
Des tas de cartons d’archives et de notes. Le sujet que j’avais entrepris n’avait pas été traité depuis 1933. Jean Dorst, directeur du Museum d’Histoire Naturelle de Paris s’était arrêté là sans avoir eu le temps de finir.

Un esprit qui fonctionne comme le vôtre aura toujours besoin d’un sujet d’étude.
Jusqu’à mon dernier souffle. Je vais continuer à étudier ma collection... mais au musée. Je suis d’ailleurs correspondant pour les oiseaux depuis plusieurs années de deux musées, dont celui de Dijon.
Ma collection va être contigüe de celle d’un collectionneur parisien qui rassemble des coiffes amérindiennes. Il est intéressant de montrer l’oiseau qui a servi à la préparation de la coiffe, des plumes et même des becs qui ont été utilisés et l’oiseau lui-même, naturalisé.
Ceci participe au décloisonnement des savoirs, d’un côté l’Histoire amérindienne et de l’autre la nature via la taxidermie. Ce décloisonnement des savoirs est un peu en opposition avec la théorie actuelle du tout naturel qui n’est pas toute seule. Il y a aussi la théorie de l’évolution de l’homme, avec ses créations.
 

L'autruche se hausse du col
L'autruche se hausse du col
La nature telle que nous la connaissons n’est pas naturelle…
Elle a été façonnée par l’homme, bien sûr, l’homme ayant été lui-même très largement façonné par la nature.

C’est un échange permanent.
L’homme n’est pas tendre.

Et de temps en temps la nature le lui rend.
Il y a autre chose que la sanctuarisation d’une nature quasi idéale et quasi idéologique. C’est aussi un moyen de réconcilier l’idée que l’homme se fait de la société et de son évolution vis-à-vis de la nature; ces spécimens ne participent plus au cycle naturel, ils ne se reproduisent plus, on peut donc les utiliser et les montrer dans un but artistique, historique, scientifique sans nuire à la conservation des espèces.

Certains visiteurs seront attirés par l’intérêt artistique et découvriront les autres, qui les mèneront à une réflexion sur la nature.
Ou l’inverse. Il est intéressant d’aller à des expositions temporaires pour écouter les réflexions des gens. C’est très partagé. Il reste quand même que les collections d’histoire naturelle constituent 80% des tickets d’entrée de certains musées.

C’est une manière de lutter contre le créationnisme.
Oui, il faudra s’en occuper un jour, lui opposer Darwin, des philosophes, débattre.

Les enfants du village où nous nous trouvons ont-ils eu l’occasion de voir votre collection ?
De nombreuses fois et ils auront l’occasion de la voir au musée bientôt .
[La visite se termine avec la chouette harfang, " la chouette d’Harry Potter ", nous précise Hubert Bonnetain].

Le rendez-vous est pris courant 2018 à Lyon.
 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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