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Brock, acteur et magicien du bruitage


Eloge du spectacle vivant et de « Coup de théâtre » du 14 au 22 septembre 2019 dans le très Grand Annecy


| Rédigé le Dimanche 1 Septembre 2019 |

Brock - « Coup de théâtre » du 14 au 22 septembre 2019 dans le très Grand Annecy
Brock - « Coup de théâtre » du 14 au 22 septembre 2019 dans le très Grand Annecy
Brock a choisi son pseudonyme pour rendre hommage au grand clown suisse Grock. Un clown suisse, c’est déjà de l’humour et du rire au second degré ; un hommage à un clown suisse atteint le 3° degré !
 
Je suis venu à la 2° ou3 ° édition de « Coup de théâtre » jouer les Fables de la Fontaine mises en scène par Stéphanie Tesson et j’étais en même temps régisseur de « La gloire de mon père ». Pendant une semaine j’ai pu vraiment appréhender le Festival et son fonctionnement. Comme j’ai été formé par des gens du cirque je suis multi cartes, ce qui est intéressant pour ce type de festivals et leur budget.
J’ai d’ailleurs joué à la salle Pierre Lamy devant laquelle nous nous trouvons maintenant et où j’encadrerai cet après-midi un groupe de jeunes qui donnera « Le Cid » puisque c’était un jour de pluie, et que la salle servait de position de repli.

Cette année vous êtes là dans une autre optique.
Avec une autre casquette encore. Je suis aussi bruiteur et l’organisation m’a demandé d’animer un atelier concernant le bruitage au théâtre. Je suis essentiellement bruiteur vocal mais aussi bruiteur à objets. On me demande de plus en plus d’intervenir comme comédien et comme bruiteur. Je travaille en direct et les gens voient comment je produis le son, ce qui devient de plus en plus rare parce que le son est enregistré et que le travail de l’ingénieur du son consiste à appuyer sur les boutons de sa console. Mon travail, lui, est de faire exister l’univers sonore en même temps que la pièce se déroule. C’est ce que j’ai montré aux enfants pendant quinze jours d’atelier : ils peuvent à la fois jouer et faire exister l’univers sonore.

On vit dans un monde saturé de plus en plus de bruit qui ne fait pas sens et c’est très intéressant de faire l’inverse, de produire son propre bruit pour créer du sens.
Paradoxalement en tant que bruiteur j’adore le silence si bien que j’ai quitté Paris. Le silence a une importance capitale dans beaucoup d’arts vivants. Je l’explique aux enfants, je leur apprends à repérer d’où vient le son. Juste avant votre arrivée j’ai enregistré l’ambiance qu’il y a autour de moi, je vais m’en servir sur une bande son ou pour un autre usage.

Annecy a un son particulier ? Parce que c’est jour de marché ?
Oui, avec l’eau qui coule, les montagnes…Tout mon travail, depuis mon conservatoire à Toulouse, est basé sur l’observation des gens, des animaux, des choses, de l’environnement sonore, visuel. Tout enrichit mon travail. Ça sédimente en moi et ça sort ensuite.

On revient à l’indispensable silence.
Je me promène souvent sur la plage dans le sud ouest, seul, l’hiver pour retrouver tout ce calme habité de sons, d’images que je mets au service des œuvres qu’on me demande de jouer.

Un bruiteur a une identité particulière, un son particulier ?
En général oui, au même titre qu’un musicien. Il faut distinguer le bruiteur qui amène du son réaliste alors que l’illustrateur sonore est plutôt sur l’ambiance.

C’est un son faussement réaliste.
Mais qui se veut réaliste parce que c’est le son qui va sur le moment alors que l’illustrateur fait appel à une sorte de mémoire collective.

Si le son est réaliste, il est fabriqué de façon très personnelle.
A partir d’un objet chiné ou fabriqué.

Il existe des écoles qui forment à cette activité ?
Je ne crois pas, je suis d’abord bruiteur vocal et donc autodidacte ; je suis venu sur le tard au bruitage à objets. Je travaille dans un lieu de résidence du côté de Chartres et j’ai la chance de côtoyer un percussionniste, Georges Pelletier, également bruiteur. Depuis bientôt deux ans, nous avons développé un travail à deux. Comme musicien de grand talent il apporte les plages musicales et participe aux bruitages quand ils sont à quatre mains alors que j’apporte l’univers bruité. Nous développons un projet de tournage de films en noir et blanc que nous habillerons en direct à la manière des anciens bruiteurs ou musiciens forains pour rendre hommage aux genres majeurs du cinéma. Nous allons travailler avec toutes sortes de gens, pas forcément spécialistes du cinéma, parmi lesquels un 3° larron qui est clown, jongleur et qui sera notre Auguste pour faire interagir le public.

L’un des intérêts de votre activité est qu’avec peu de moyens elle ouvre tout un univers.
C’est ce que les enfants ont découvert pendant notre atelier ; avec trois fois rien, un cache pot, on fait une balade en forêt au cours de laquelle les brindilles craquent, avec une feuille de métal on crée la détonation de l’orage : c’est fascinant ! Avec Georges, nous chinons des moulins à café pour le bruit qu’ils produisent et la réaction des gens qui nous observent en train d’écouter des objets de ce genre vaut le détour.

Quels sont les jeunes qui donnent le spectacle de ce soir ?
Ils sont d'origine africaine, asiatique, entre autres.

Dans beaucoup de cultures le son est encore très important.
Plus particulièrement dans les cultures de tradition orale. Pour les décontracter et les mettre en confiance, nous avons demandé aux participants d’observer les objets qu’on leur proposait pour créer une ambiance en relation avec leur expérience, leur culture .Ils nous ont bluffés en faisant l’ambiance de la marchande ambulante de poisson. J’écoutais en fermant les yeux et j’étais en Afrique !

Je pense à un film comme « Delicatessen » dans lequel le son est extraordinaire, c’est le fil conducteur.
A la fois poétique, réaliste, qui nous embarque totalement. Je fais aussi souvent référence à la scène d’ouverture de « Il était une fois dans l’Ouest », qui n’est faite que de bruitages. Les personnages sont figés et les sons se surajoutent. L’éolienne commence à couiner, une goutte d’eau, une mouche…tout participe au suspens. Un autre travail extraordinaire a été accompli sur toute la première scène de débarquement de « Il faut sauver le soldat Ryan » pour retrouver les bruits d’impacts et de tirs avec les armes de l’époque, pour restituer le bruit de moteurs que faisaient les barges de débarquement.
C’est vrai aussi pour les acteurs. On parle de notre musicalité quand on joue. C’est la combinaison de l’ensemble, avec le rythme, la lumière, le son qui donne un univers dans lequel on peut entrer.

Quand vous commencez un projet il y a déjà une couleur musicale, sonore ?
Le metteur en scène l’a dans la tête et va essayer de nous y amener à force de propositions réciproques.

On ne peut pas parler de tout ça sans évoquer l’importance des voix, celle de Claude Piéplu pour les Shadoks, Michael Lonsdale, ce sont des musiques elles aussi.
Piéplu avait en plus son timbre particulier ; Lonsdale avec qui j’ai eu la chance de travailler a une pâte dans la voix ! Une profondeur et une lenteur qui viennent de très loin. Chacun propose son univers aux spectateurs, et ce que fait un festival comme « Coup de théâtre » consiste en plus à apporter le spectacle vivant à la porte du public, dans son environnement quotidien.

« Coup de théâtre » du 14 au 22 septembre 2019 dans le très Grand Annecy
« Coup de théâtre » du 14 au 22 septembre 2019 dans le très Grand Annecy
Le plus souvent en plein air, dans un cadre naturel.
On y a les mêmes sensations que dans « la boîte noire », ce qui prouve qu’elle n’est pas forcément utile.

Elle constitue un code. Et vous faites le travail que devrait faire l’école, faire aimer les textes, les rendre vivants et les partager.
J’ai su très jeune que je voulais être comédien. J’ai eu des profs fabuleux et d’autres qui passaient à côté parce qu’ils restaient sur la technique d’écriture.

Sur des choses évaluables plutôt que sur l’émotion et le vivant.
Et le théâtre, le métier d’acteur nous plongent dans le temps, dans la répétition du travail et du texte alors que nous vivons dans un monde de l’immédiateté. Il y faut du temps et les gens qui découvrent notre travail en prennent conscience. Je suis toujours touché de voir comment des enfants abordent les choses quand je travaille avec eux, des timides qui deviennent de formidables hâbleurs. Pour le Cid que les jeunes jouent tout à l’heure, j’ai considéré que l’histoire est complexe. Je leur ai proposé de la réécrire à leur manière et de la bruiter. A l’arrivée, c’est pas du Corneille mais il y a toutes leurs tripes là-dedans.
 
Programme, lieux, renseignements CoupDeTheatre.org
 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur


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