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Alix Delaporte


Avant la sortie le 11 mars sur les écrans de son 2° long métrage « Le dernier coup de marteau », la réalisatrice Alix Delaporte nous avait accordé un entretien.


| Rédigé le Lundi 20 Avril 2015 |


D’où vous vient l’intérêt manifeste que vous portez aux gens et que traduisent si bien vos films ?
Cet intérêt, est-ce que ce n’est pas de la curiosité avant tout ? C’est compliqué parce que c’est quelque chose à quoi je n’ai jamais pensé, en fait. Pourquoi est-ce que je regarde les gens ? J’adore observer, dans les cafés, voir comment les gens se comportent. Il y a des gens qui parlent, d’autres qui sont plutôt en retrait et qui écoutent. Je suis plutôt comme ça.

Il y a plus que de l’intérêt ou de la sympathie dans vos films.
Faire un film, c’est écrire une histoire dans laquelle il y a des héros, des gens qui font toujours les choses mieux que nous. J’aurais du mal à écrire des histoires dans lesquelles on n’aurait pas de l’empathie. Quand on passe deux ans avec des personnages, ils deviennent notre famille. C’est vrai il y a quelque chose que j’aime quand je montre mon film en tournée . Quand quelqu’un sort de la salle et dit « Oh, lui, qu’est-ce qu’il est super ! » J’essaie d’imaginer ce que ce serait de montrer quelqu’un que je n’aimerais pas. Ce que j’aime, c’est aussi changer le point de vue du spectateur sur les gens. Dans ce film, le père est brusque au départ, mais c’est de la fragilité et c’est cette fragilité qui m’intéresse. Il est fermé. Et un petit bonhomme arrive dans l’histoire , fait tout bouger et oblige les gens à s’ouvrir.

Votre film est juste. Chacun est à sa place. La part de la musique est juste. Tout sonne parfaitement.
La sensation de justesse, ce n’est que du travail . Travailler et travailler tout le temps, pour reprendre chaque scène. Passer de quelque chose qui serait trop dit  à un rendu où le spectateur vit la scène. Quand le garçon , Victor, veut faire découvrir le monde de son père à sa mère, il ne parle pas. C’est de la musique et des regards, alors qu’au début de notre travail et de notre réflexion il racontait. Là, il raconte sans mots et donne à sa mère ce qu’il trouve le plus beau : la musique de son père. Eh bien ça, c’est du travail. De la musique et des regards, il n’y a rien de plus beau.

Grâce à cette justesse, tout est naturel dans votre film. Vous laissez des éléments en suspens, ce qui permet au spectateur de créer son univers.
C’est une recherche que j’ai commencée au tout début de ma carrière, dans mes courts métrages. Comment laisser au spectateur sa place, sans le perdre, lui laisser la place de se faire son propre film pour que ce soit plus jubilatoire ; ça ne veut pas dire que je le laisse en plan ; comment faire qu’entre les espaces, entre les regards et les non dits il puisse mettre de lui-même. Du coup le film devient beaucoup plus personnel tout en préservant une dramaturgie. Le film devient un échange. C’est à la fois du travail et un jeu entre le spectateur et moi.

Sans tape à l’œil , sans effet, votre film aborde des thèmes dont on parle tant aujourd’hui, des valeurs comme l’identité, l’humanité, la culture…
L’effet de naturel vient peut-être de ce que je n’ai pas d’intention. Je ne me dis pas « Je vais parler de ça, je vais parler de ça… ». Dans ma façon de procéder, les choses sont plus organiques qu’intellectuelles. Sur le tournage, je fonctionne plus à l’instinct qu’à la réflexion. Il faut y aller, on n’a plus le temps de la réflexion. Dans les événements de janvier dont on a parlé, ce qui m’a frappé, c’est l’absence de structure familiale. Et dans le film on retrouve le besoin qu’a ce gosse de retrouver sa famille pour grandir solidement. Ce que l’on constate, dans notre pays, c’est la démission des pères. Peut-être à cause du chômage…La relation que les garçons ont à leur père m’a toujours passionnée. Le besoin du père.

Tous les personnages du film grandissent, pas uniquement le jeune garçon.
Oui, chaque personnage fait un pas, chacun avance. Ils sont tous ensemble dans un mouvement d’ouverture. Ils ont du mal à communiquer mais ils vont s’ouvrir peu à peu.

Le titre du film est un peu énigmatique.
Si on me donne un titre trop explicatif, il n’y a pas de découverte. Alors que là, il nous invite à aller quelque part.

L’un des thèmes de votre film est le mouvement. Quel sens lui donnez-vous ?
Le mouvement, c’est l’urgence et aussi la mue. D’ailleurs le jeune acteur du film, au-delà du personnage, le jeune garçon a découvert pendant le tournage ce qu’est la composition, composer, jouer un personnage ; ce qui lui a posé un problème, comme de « tricher ».

Vous avez déjà tourné un documentaire sur Zinédine Zidane, et dans ce film vous associez le foot ball et la musique et ça fonctionne parfaitement bien.
Ce qui marche, c’est que quand je rentre dans une salle d’opéra j’ai l’impression de rentrer dans un stade de foot. Deux endroits dans lesquels on reçoit des sensations très fortes. Un match de foot, c’est un entraîneur qui choisit des joueurs et essaie de les faire jouer ensemble Le chef d’orchestre, lui aussi, fait jouer les gens ensemble…et ce que moi je fais, c’est vraiment faire jouer les gens ensemble pour filmer non pas la scène mais l’inconscient de la scène. Ce qu’on filme, c’est ce qu’on n’a pas prévu, ce qu’il y a derrière, ce qui apparaît petit à petit. Et il faut aller chercher plus loin au montage encore. Aller plus loin.
 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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