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Marcela Said nous parle de Mariana, film sur le Chili, la dictature… au quotidien.


Mariana, un film profond, vrai qui n’est pas que du cinéma.


| Rédigé le Jeudi 23 Novembre 2017 |

La dictature chilienne est-elle un accident de l’Histoire ? La société chilienne au quotidien, la violence faite aux femmes, les compromissions montrent que non.

Le regard de Marcela Said est tranchant, sans concessions et plonge dans la complexité de la vie.
Un film lumineusement sombre vu aux Nemours d’Annecy.
 
Les premières images de votre film montrent une séance de photo. La jeune femme qui pose porte un masque. Est-ce une ligne de lecture pour le film ? Chacun porte un masque, cache quelque chose, se cache ?
Marcela Said :Peut-être, mais c’était surtout pour donner le ton du film, noir, sombre. Il est aussi question de monstres cachés.

Un monstre est un être composite, comme dans la mythologie. Vos personnages sont tous des monstres.
Oui, et l’enjeu du film était de travailler les nuances. Tous les personnages sont gris. Les masques que vous évoquez, on les retrouve plus loin dans le film, ils sont composés avec  la chair d’animaux. Toutes les œuvres que vous avez vues sont réalisées par des artistes contemporains chiliens.

Mariana montre une société chilienne très machiste. Est –ce que le fascisme est typiquement masculin ?
Oui, il peut être associé au masculin. Au Chili, ce sont quatre hommes, quatre généraux qui ont pris le pouvoir ; les soldats des services de répression étaient principalement des hommes et je crois que la violence, en général, est liée au monde masculin.

Même avant la prise de pouvoir par Pinochet, la société est machiste, dirigée par les hommes.
C’est du patriarcat, c’est pourquoi le film ne parle pas que du contexte politique actuel ou passé, mais d’une femme qui essaie tout au long du film de se libérer sans vraiment y parvenir, même si elle est forte, si elle a de l’argent parce qu’elle est bourgeoise. Elle est elle-même victime, abusée sexuellement par un policier.

Il y a eu un pic indiscutable avec Pinochet au Chili et d’autres généraux dans d’autres pays, mais on peut penser que l’Amérique Latine fonctionne toujours plus ou moins sur ce schéma.
Je peux aller plus loin, si je parle par exemple de féminicide .Cette dénomination permet en Amérique Latine de condamner plus lourdement les auteurs qui tuent des femmes simplement parce qu’elles sont femmes. Ces cas existent en France mais sont considérés comme des crimes passionnels, et les femmes françaises se sentent éloignées de ce qui se passe dans les pays d’Amérique Latine. A tort. Cantat-Trintignant est un cas exemplaire de féminicide.
   Mariana parle beaucoup de la violence faite aux femmes par les hommes, même si ce thème s’est glissé en partie inconsciemment dans le film. Mon propos rationnel, lui, est de traiter la complicité des civils avec la dictature. Les militaires qui ont fait le sale boulot son les seuls à être condamnés et à payer aujourd’hui.
 

Marcela Said
Marcela Said
Pour revenir à l’idée de film sombre, le cadrage y contribue et les lumières. Même quand vous montrez de très beaux paysages, on a une impression d’enfermement. Le ciel , par exemple, est pratiquement absent.
C’est un huis clos à ciel ouvert. Un huis clos de la bourgeoisie, de ces gens qui ont profité de la dictature. Nous avons décidé de le filmer dans une certaine obscurité puisque c’est un film noir.

Pour aller dans le même sens, il y a relativement peu de dialogues, surtout des affrontements ou des révélations ainsi que des silences. Aucun romantisme !
C’est un film complexe. Je voulais créer une atmosphère. Il n’y a pas que les mots qui comptent au cinéma mais aussi les images et les silences qui vont bien avec ces situations de confrontation. Il est aussi important de ne pas tout dévoiler au premier degré.

C’est ce qui permet de sentir le poids de la société, de l’Histoire.
Beaucoup de tensions.   

Il n’y a pas besoin d’en faire trop, elles sont déjà là.
C’est bien que vous le ressentiez. Quand on écrit, on ne sait jamais si on arrivera à faire passer ce que nous évoquons là.

Le titre espagnol est « Les chiens », qui devient « Mariana » en France.
Oui, c’est une décision du producteur, mais ça ne change en rien le film. Mon idée de départ était de parler des chiens, de tous ceux qui ont collaboré avec le fascisme, qui en ont profité, pas uniquement des militaires ; et pendant l’écriture le portrait de Mariana a émergé, s’est imposé. Les chiens, ce sont aussi les quatre hommes qui entourent Mariana et entre lesquels elle est coincée.

Elle est coincée aussi par l’absence de sa mère. La mère absente est l’un des personnages les plus importants du film.
On peut imaginer qu’elle a quitté le père de Mariana parce qu’elle avait découvert des choses et qu’elle ne la pas supporté. Mariana n’a pas ce courage.
    Je me suis rendu compte en cours d’écriture que je parlais de la peur, de la peur de la société chilienne, qui pèse encore aujourd’hui, du manque de courage de la société chilienne qui n’a pas encore fait la part des choses.

Mariana et le Colonel
Mariana et le Colonel
Comment imaginez-vous que votre film sera reçu au Chili ?
Je n’en ai aucune idée, mais certaines de mes réalisations précédentes ont connu quelques difficultés.

Vous avez rencontré le vrai colonel qui inspire le personnage du film lors du tournage d’un documentaire. Vous lui faites dire, à propose d’un incident avec un cheval « Je ne l’ai pas frappé, je l’ai dressé. » C’est une métaphore parlante qui peut être transposée dans bien des domaines.
Cette scène, je l’ai vue. J’ai vu le vrai colonel frapper un cheval. J’ai été marquée par cette violence. Moi qui adore l’équitation, j’ai constaté qu’on l’enseigne différemment en France. J’ai pris des cours avec le colonel pour pouvoir l’aborder, discuter et j’en ai pris aussi en France. Au Chili l’utilisation de la violence n’est pas interdite.
Ça dit beaucoup, c’est pourquoi j’ai voulu montrer ce détail.

Vous disiez que vos personnages sont tous gris, complexes. Comme ces manifestants qui utilisent une forme de violence pour dénoncer le colonel. On en est un peu perdu.
La vie est complexe ! Quelqu’un m’a dit « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » Mais la simplicité est ennuyeuse. Et puis il faut respecter le public et penser qu’il est capable de comprendre.
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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