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Improvisade sur l’art avec Lucie Cabanes au Musée Château d’Annecy


Quand on parle simplement de l’histoire de l’histoire de l’art, de mise en abyme...


| Rédigé le Lundi 15 Juillet 2019 |

Improvisade sur l’art avec Lucie Cabanes au Musée Château d’Annecy
Rendez-vous avait été pris pour continuer nos conversations sur l’art contemporain mais aucun sujet n’avait été fixé. Nous sommes assis sur un banc, à l’opposé de l’entrée, dans la cour du château, la vieille ville à nos pieds. Le cadre idéal pour une improvisade.

Parler des expositions ?
Oui puisque tu as abordé déjà le thème du situationnisme et celui des festivals.

Même si a priori je ne suis pas un grand partisan des expositions, elles donnent au spectateur quelque chose qui t’est cher, dont tu parles souvent, le temps, un temps à part.
Un temps à part et un type de discours autour de l’œuvre. Il est possible de voir la même œuvre dans différentes expositions et d’apprendre chaque fois des choses différentes sur elle. Une exposition consiste à créer un discours sur une œuvre sachant qu’il est possible d’en tenir plusieurs.

Le lieu où elle est exposée (l’œuvre de Fabien Ducrot exposée actuellement au Palais de l’Île est un bon exemple) interagit avec l’œuvre alors que dans les années 80 on utilisait le principe du white cube, un espace neutre. Aujourd’hui on recherche des bâtiments à très fort caractère, souvent patrimoniaux, ou bien des friches industrielles. La mise en contexte crée une discussion naturelle entre l’œuvre et le bâtiment si bien qu’on peut voir le second comme un objet plastique et la première comme une œuvre patrimoniale.

Aller voir des expositions successives sur un lieu change et enrichit le regard qu’on porte sur celui-ci.
C’est l’une des disciplines de l’histoire de l’art, l’historiographie qui est l’histoire de l’histoire de l’art. C’est aussi la muséographie, l’histoire des musées et de la mise en exposition. L’un des pères fondateurs des principes de l’exposition, Georges-Henri Rivière, a développé le principe de l’accrochage sur fond noir avec l’idée que l’objet d’ethnologie, souvent un objet du quotidien, se pare ainsi d’une aura d’œuvre d’art et développe un pouvoir visuel.

Il y a eu ensuite beaucoup de théories sur la mise en espace, sur le dépouillement de ce qui entoure l’objet. Si tu mets un petit bol à côté d’un énorme buffet, le petit bol se fait complètement absorber en termes de volume. Une exposition consiste à créer un jeu d’équilibres, un dialogue des objets entre eux et avec la pièce. Tu ne dis pas la même chose en exposant dans le même volume une multitude de petits objets ou bien un seul de volume plus important.

Quand on a l’esprit mal tourné, on peut regarder plutôt le petit bol que le grand buffet, les « signaux faibles ».
Oui, les gens qui ont l’habitude ; c’est le côté troll. On s’amuse à des jeux d’opposition, comme on sait très bien quel est l’objet d’étude , on s’amuse à être des petits rebelles mais on se fait avoir parce qu’on sera attiré par le punctum ( cf Roland Barthes, celui du Vrai Grand Journal qui mettait l’accent sur la sémiologie plutôt que sur son patronyme) qu’on va relier à notre histoire et à notre sensibilité.

S’amuser, dialoguer… tout ceci relève du principe du jeu.
Le principe intellectuel est un jeu.     

Beaucoup de gens pensent que ce qui est intellectuel est ch…, je trouve que c’est jouer avec la vie, jouer avec les émotions, avec le savoir auquel s’ajoute le plaisir d’entremêler les savoirs. C’est de cette manière que tu t’empares des choses de la vie, que tu arrives à faire un pas de côté, que tu peux prendre de la hauteur, relativiser les choses ou simplement à rencontrer de nouveaux savoirs, de nouvelles personnes.

Le même élément peut être présenté de manière pesante ou comme un jeu : le discours est déterminant.
Je ne milite pas pour présenter le commissaire comme un créateur à l’égal des artistes. Le rôle du commissaire d’exposition est de faciliter la rencontre entre un objet, un artiste et le public… et de raconter une histoire, ce que j’adore.

Tout est question de point de vue comme dans notre rapport à la vie. Il est possible de dire beaucoup avec des mots simples ou avec des mots compliqués. Ça dépend à qui on s’adresse.

Les mots compliqués sont plus pertinents ?
Certains sont nécessaires. J’ai un goût particulier pour le langage et pour l’exactitude de ce qu’on essaye de dire. Mais les mots compliqués doivent inclure les gens au lieu de les exclure, il faut donc les expliquer.

Un espace d’exposition est à très forte contrainte physique, il ne faut pas y ajouter une contrainte intellectuelle. Les gens doivent comprendre immédiatement pourquoi tu utilises tel ou tel mot.

D’autant plus qu’une exposition participe de la vulgarisation.
Bien sûr. On parle d’ailleurs de la polyphonie d’une exposition qui consiste à cultiver plusieurs discours au sein d’une seule exposition.

Une forme de synesthésie.
Avec des niveaux de texte, de langue et d’appropriation. Pas pour séparer les publics. Parfois même les amateurs avertis n’ont pas envie de se fader les textes mais de voir la présentation 7/12 ans, de rire avec les œuvres. Il arrive aussi que des profanes soient très intéressés par un sujet. Il faut donc laisser au public le choix du niveau d’intérêt qu’il accorde à ce qu’il voit.

Il faut faire confiance aux gens. Passer aussi par la communication et le graphisme, ce qui est le métier d’Anne (Le Bellec, chargée de la communication et qui assiste et participe à la conversation, comme chaque fois). Cela permet de s’approprier plus facilement les codes plastiques, les codes graphiques… C’est ce que l’on fait au quotidien dans la publicité, dans de nombreux domaines. Ces codes graphiques existaient déjà dans l’art médiéval et il est donc possible d’avoir un langage contemporain sur un objet très ancien. 

Nous l’avions réalisé sur une exposition d’art sacré et d’art contemporain , cette approche permet d’éviter de longs discours : des schémas simples qui expliquent par exemple la signification des attributs d’un saint ; pourquoi porte-t-il un bâton en forme de tau, pourquoi la présence d’un animal... ?

Nous avons des publics très différents. Il faut donc créer des expositions très dynamiques, trouver un équilibre entre les excès de discours qui écrasent les œuvres d’une part, et l’œuvre avec son cartel très éloigné (« Débrouille-toi !).

Parler simplement de choses compliquées est difficile.

Un dernier aspect à aborder : dans l’exposition s’expose désormais le public avec des selfies, par exemple.
On y encourage les gens parce que ça fait partie des vecteurs d’appropriation. Anne suit sur les réseaux sociaux les gens qui font hashtag château d’Annecy ou hashtag palais de l’Île. Ce sont souvent les mêmes points de vue, les mêmes attitudes parce que nous sommes tous conditionnés par les mêmes principes sociaux culturels, mais de temps en temps quelque chose de nouveau apparaît. Les gens passent du temps avec l’œuvre. Il arrive parfois des accidents, un portable qui tombe, éventuellement sur une œuvre. Ce n’est pas la faute des selfies mais parce que les gens se pressent.

Anne _ On organise une journée dans les musées au cours de laquelle le public est invité à se prendre en photo devant les œuvres. Si la plupart des démarches se ressemblent, certains jouent avec les objets d’exposition..

 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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