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Variations Classiques. Quand la musique se fait dentelle !


Récital du 1° septembre// Renaud Capuçon, Guillaume Bellom
Bonlieu Annecy


| Publié le Samedi 2 Septembre 2017 | |

Renaud Capuçon. Photo F. Darmigny
Renaud Capuçon. Photo F. Darmigny
_ Variations classiques ? Le classicisme  repose sur la rigueur, l’intemporalité et les variations incarnent l’opposé, non ?

_ D’où l’intérêt d’aborder  et de proposer la musique sous cet angle.

_ Tu es allé au récital donné par Renaud Capuçon et Guillaume Bellom ? Tu n’es pourtant pas mélomane ?

_ C’est vrai, il est d’autant plus important de découvrir de nouveaux domaines. J’ai vécu bizarrement toute la première partie, sans doute pas à cause des œuvres de Dvorak et de Beethoven mais parce qu’il faut le temps de se laisser emporter par la musique, de s’alléger avec elle et de s’abstraire du temps ; et puis d’entrer dans cette conversation entre le violon et le piano. Une conversation sans désaccords.
Mon regard était saisi autant que ma faculté à entendre. Mes voisins, d’ailleurs, cherchaient à mieux entendre en regardant avec des jumelles. C’était étonnant et drôle. Le violon de Capuçon ne fait qu’un avec son corps, il en est le prolongement naturel alors de Bellom aurait pu apparaître comme le prolongement du piano à queue. J’ai été saisi par la tension très souple de tout le corps du violoniste jusqu’à en remarquer avec une grande attention ses appuis au sol. Il semble tour à tour y puiser de l’énergie ou bien se vider d’une sorte de trop plein.

_ C’était nouveau pour toi ? Tu n’arrivais pas à « entrer » dans la musique ?

_ Peut-être. J’essayais de la comprendre, de la comparer, en me disant qu’il serait intéressant de composer des bouquets en accords avec telle ou telle partition et manière de la jouer. Je pensais aussi au sens du mot « jeu », à la liberté du musicien par rapport à l’écriture musicale. J’ai remarqué que, de ma place, je ne voyais pas les mains du pianiste et j’avais l’impression d’être au cinéma, l’acteur faisant celui qui joue à faire semblant de jouer.

    Et puis j’ai fermé les yeux et suis entré dans la musique. J’ai senti vibrer en moi deux fils qui jouaient à former une dentelle délicate, ténue, fragile, une prière…et j’ai pensé à la création qui ouvrira bientôt la saison de Bonlieu Le livre de ma mère .Je ne sais pas pourquoi. Parce que cette musique est un hommage à la vie. Parce qu’un instant elle couvre le fracas des guerres. Elle tient du miracle.

_ Tu as regardé toute la deuxième partie du récital les yeux fermés ?

_ Non.  Je voyais la scène, les musiciens mais je ressentais la musique au lieu de chercher à la comprendre.
 
_ Et tu as pu poser quelques questions aux musiciens ?

_ Non, mais comment parler de quelque chose qui relève de la poésie, de la prière, du miracle ?

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Paul Rassat
Auteur, Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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