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Jonathan Pranlas-Descours revient en artiste à Annecy, ville qui l’a vu naître à l’art


Move-On Magazine s'est entretenu avec ce grand de la danse, qui revient sur ses pas.


| Rédigé le Mercredi 7 Septembre 2016 |

Jonathan Pranlas Descours - Copyright: Joerg Lentz
Jonathan Pranlas Descours - Copyright: Joerg Lentz
Jonathan Pranlas-Descours et Christophe Béranger proposent Exuvie, spectacle dansé, à Bonlieu les 11/12 octobre 2016.
 
L’Exuvie est la dépouille dont l’animal se défait lors de sa mue. Singulière entreprise que d’en doter l’Homme !

Je suis vraiment arrivé dans le domaine de l’art parce que j’ai grandi à Annecy et que j’y ai vu des spectacles. C’est une Scène Nationale assez exemplaire. Ça a vraiment été l’élément déclencheur de mon entrée dans l’univers artistique.

Vous en avez des souvenirs précis ?
C’est là que j’ai rencontré le travail de Anne Teresa de Keersmaeker, que j’ai rejointe à son école de Bruxelles où j’ai retraversé un répertoire que j’avais vu auparavant. J’y ai découvert le travail de Jan Fabre…J’y ai aussi vu du Olivier Py, Omar Porras…des grands noms de la scène sans forcément connaître leur renom à l’époque. Nous avions aussi un accompagnement artistique et culturel très conséquent au collège-lycée St Joseph de Thônes qui m’a permis d’avoir un regard différent sur les choses. J’ai toujours le classeur dans lequel je notais mes impressions à la suite de spectacles, et j’ai relu mes notes après avoir travaillé avec certains artistes et chorégraphes. Ça fait un 2° effet kiss kool.

C’est la première fois que vous revenez à Annecy avec un spectacle ?
C’est la première fois que je viens danser mon travail à Annecy. J’étais déjà revenu avec Mathilde Monnier à l’époque où Bonlieu était en travaux.

Comment le public doit-il voir un spectacle de danse ? On a l’impression qu’il y a une part assez intellectuelle ?
Je dirais justement le contraire. Il faut le penser comme un concert. On n’y va pas en se demandant « Qu’est-ce que je vais comprendre ? » mais pour écouter, se laisser porter par le concert ou par l’artiste, pour se laisser traverser par une émotion. Dans la danse, on est dans le même rapport. Le décor, certains éléments nous invitent à chercher une compréhension, une dramaturgie à travers ce langage universel mais il y a autant de regards que de spectateurs. Ce qui est proposé est une entrée dans un voyage. Dans le spectacle que nous donnons à Annecy, Exuvie, nous avons beaucoup travaillé sur la relation que le spectateur entretient avec le temps. Exuvie apporte une dimension plastique et le spectateur se retrouve comme face à un paysage, il doit se laisser porter vers les lignes de fuite, les formes, les changements de couleurs, c’est un peu comme un coucher de soleil, la cire que nous utilisons sur scène se transforme comme un paysage, comme les nuages qui passent. Les choses se suivent… et… ne se ressemblent pas vraiment, on est dans un entre-deux.
 

Exuvie - Copyright: Joao Garcia
Exuvie - Copyright: Joao Garcia
Vous travaillez avec la cire, qui est malléable, ce qui donne cette dimension de transformation, de métamorphose. Ceci évoque le temps, peut-être aussi de cycle de la vie et de la mort.
Oui, mais en travaillant la cire, nous avons appris qu’une chose n’est pas domptable, c’est le temps. C’est un principe très simple que tout le monde éprouve par l’âge, la vieillesse. Sur le plateau, la cire est d’abord à 70° et à 35/40° quand on passe dessous. Nous avons essayé de jouer sur le temps de refroidissement avec des dispositifs, des ventilateurs, mais il faut laisser le temps à la nature de faire son œuvre. Exuvie  est un « contre réchauffement climatique ».

D’où vous vient l’idée du spectacle ?
Nous avons été lauréats d’une bourse de recherche en Allemagne avec un sujet qui questionnait les identités solides et liquides. Ce projet nous trottait dans la tête avec un matériau susceptible de passer du solide au liquide, un changement d’état de la matière et le hasard a fait que nous nous trouvions à Cologne où il y a l’une des plus grandes manufactures de cire d’Europe… nous avons procédé à beaucoup d’essais qui nous ont entraîné à travailler sur le temps de refroidissement de la cire, à l’inverse de beaucoup de plasticiens qui la font fondre.

Certains artistes disent que le propre de l’art est de tricher avec le temps. Vous, vous ne trichez pas.
Non, on ne triche pas mais on travaille beaucoup dans la danse sur la façon d’étirer le mouvement et gérer le temps et puis il y a une scène où on est dans une « surcourse », un rituel tribal avec une musique très forte ; c’est une scène très courte mais qui change le rapport au temps, c’est l’inspir et l’expir de la pièce… c’est un peu comme dans une salle de musée ; dans certaines, on s’ennuie au bout de dix minutes et dans d’autres on resterait volontiers trente minutes. La question est « Est-ce qu’on se laisse ou non le temps de rentrer dans une œuvre ? » Avec Exuvie, le temps est vraiment celui de la matière que nous utilisons, de la cire qui vous enveloppe et saisit sa proie en refroidissant comme le fait un serpent. Les états de nos corps sur scène dépendent des états de la matière qui est une contrainte féconde, créatrice.

On retrouve même dans les titres des œuvres auxquelles vous avez collaboré ou que vous avez créées cette dimension de dualité, de mouvement ; ces titres reposent sur des paradoxes, des oxymores, sur la notion de passage…
C’est lié au fait que nous sommes deux créateurs, avec deux parcours très différents. Nous sommes deux entités dans un rapport de yin/yang, deux opposés qui ne s’opposent pas mais s’attirent et se complètent. Nous vivons une période où l’opposé fait peur, or nous vivons déjà une dualité entre le corps et l’esprit, entre l’intérieur et l’extérieur, entre la perception de soi et la sensation de soi… c’est dans ces espaces que se situe notre travail et s’il y a une chose à comprendre, c’est qu’à deux on est plus riches que seul. En danse, on travaille beaucoup avec cette notion d’opposé, si on lève le bras gauche, on sait très bien que c’est la jambe droite qui soutient, qui est l’ancrage. Physiquement, on est toujours sur une double dimension.

Cette façon d’envisager les choses sans clivage mais en complémentarité mène vers une dimension philosophique et politique.
Un jeune créateur en 2016 ne peut pas aller dans un studio, se laisser porter par le mouvement et appeler ça un spectacle. Nous vivons une période politiquement intense, un rapport extrême à la mondialisation. Nous jouons dans beaucoup de pays, ce qui nous donne un autre regard et c’est aussi le rôle des artistes … il ne s’agit pas de s’engager politiquement mais le corps est politique. Notre métier aussi est politique puisque nous travaillons avec des subventions publiques, dans une économie qui existe parce qu’il y a eu à une époque des intentions politiques, la création de Scènes Nationales qui ont permis à des gens comme moi de découvrir les arts à partir du lycée de Thônes.

Votre compagnie s’appelle Sine Qua Non Art. C’est exigeant, non ?
Exactement ! Que la formule soit en latin la rend internationale. Elle est aussi une condition d’existence. On ne monte pas une compagnie pour voir ce que ça donne mais parce qu’il y a pour nous une condition d’existence. J’aime les arts, j’aime l’engagement artistique qui est la condition nécessaire pour moi afin d’avancer en tant qu’individu. Il y a une forme de réciprocité : on s’engage dans l’art, qui nous renvoie des choses. Le jeu devant les spectateurs constitue le lieu de la réciprocité par excellence.
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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