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Move-On Magazine





Exposition de Stéphanie Gerbaud du 3 au 26 mars 2017 au Forum Expo Bonlieu Annecy


Quelques coups de scalpel pour révéler les entrailles du monde !

Rencontre avec Stéphanie Gerbaud qui allie si bien pudeur et expression, technique et sensualité pour révéler un monde très personnel.


| Rédigé le Dimanche 5 Mars 2017 |

Stéphanie Gerbaud, vous travaillez sur différents matériaux, sur des cartes, vous avez différentes approches. Quand on se retrouve dans votre exposition, c’est un peu comme si on était dans une cartographie de votre cerveau, de ce que vous êtes.
Effectivement, c’est un peu ça. Cette exposition est importante pour moi car elle montre  les trois matériaux que je travaille. Elle est un vrai panorama de ce que j’ai en tête, qu’il s’agisse des cartes, des livres ou des céramiques.

Vous invitez à de nouvelles lectures des éléments que vous travaillez. Les cartes, par exemple, sont des plans en deux dimensions. Vous les évidez et les montrez de manière que l’ombre portée sur le mur d’exposition apporte une 3° dimension, une profondeur.
C’est une lecture vue de l’œil du sculpteur. Même en travaillant des cartes qui sont habituellement en 2D, je vais avoir besoin de créer du volume. J’enlève les habitations, au scalpel, notamment les habitations dans les plans des villes et ceci forme une dentelle qui se projette sur le mur et donne une 3° dimension. La carte n’est plus du papier, elle devient un objet.

Une invitation à réinterpréter, à voyager ?
C’est une invitation à se réapproprier le territoire, à voir personnellement ce qu’on projette sur le territoire. J’ai lu des ouvrages sur la cartographie. On dit que la cartographie est une réalité, pas une vérité. C’est la réalité de quelqu’un…

En elle-même.
Voilà .Ce n’est pas une vérité absolue pour le monde entier. D’ailleurs autrefois les cartographes procédaient d’après les connaissances parfois partielles qu’ils possédaient. Et même aujourd’hui, il arrive qu’on réalise une carte et qu’on la propose au gouvernement d’un pays qui la refuse pour des raisons politiques, géographiques…Il n’y a pas de vérité en cartographie.

Chacun a sa perception de la réalité, sa cartographie personnelle du monde et de lui-même, c’est à cette dimension philosophique que nous renvoie votre démarche.
Vous disiez bien qu’ici, dans cette exposition, on se trouve dans ma cartographie.

D’ailleurs il faut un moment, à l’arrivée, pour s’acclimater, s’installer, comprendre cet univers très ouvert et très personnel à la fois. Vous travaillez aussi les livres.
J’ai beaucoup d’affection pour ces objets qui m’accompagnent depuis très longtemps. J’ai même suivi des études de reliure. Les livres m’ont servi à étudier, à avoir des diplômes, j’ai ensuite appris à les réparer, à les construire et maintenant je déconstruis l’objet livre pour le révéler, pour révéler son contenu, pour le mettre en lumière, mettre en lumière ses entrailles.

Dans votre travail sur ( dans) les livres, on sent une affection particulière.
Pour l’objet, oui. Je récupère des livres voués à la destruction. Je les regarde, les feuillette et il faut que j’aie un coup de cœur, c’est ce qui donne à l’objet un potentiel à mes yeux. Il va mûrir à l’atelier un long moment, jusqu’au jour où l’idée sera là. Alors le travail s’effectue rapidement et je ne me trompe pas. Je sais si ça va fonctionner ou pas, ce que je garde, ce que j’enlève, comment je reconstruis.

Au fond, vous êtes toujours dans la réécriture car si les objets vous arrivent par hasard, il y a une réflexion sur leur devenir, sur leur reconstruction, sur l’interprétation de l’Histoire ou de la politique ,avec les livres, par exemple, et dans la même démarche on remarque votre sobriété.
C’est ce que je recherche. Je suis dans une quête de la simplicité, de la sobriété comme vous dites ; mais il est très compliqué d’être simple. Ça prend du temps. Je pars d’une idée générale et j’enlève tout ce qui est parasitaire par rapport au message pour arriver au plus simple possible.

Vous vous demandez ce que les gens voient de ce que vous montrez ?
 Une visite guidée  est prévue ici le 11 mars parce que j’aime les échanges,  j’aime aussi les histoires. Il faut que ce que je crée ait une histoire. En fait ,il y en a toujours une , derrière un livre, une carte, une céramique. Lors d’une visite guidée, je livre cette histoire et souvent quelqu’un va m’interpeller, va permettre de l’enrichir.

Ça veut dire que ça fonctionne, que c’est vivant.
Que ça fait réfléchir, que ça donne envie de participer à l’histoire de l’objet.

La céramique ?
Les autres œuvres sont en lien avec le territoire ; la céramique est en lien avec ce que je considère comme notre tout premier territoire, notre corps. Notre visage, en l’occurrence puisque les œuvres exposées ici sont des visages, des bustes. Cette série, ce sont les « Durs à cuire. » Quatre personnages issus de cultures différentes. Durs à cuire parce que la technique est risquée, elle me donne des sueurs froides…d’où la satisfaction et le plaisir quand ça aboutit. C’est une technique très particulière qui apporte beaucoup de satisfaction quand on la maîtrise.
Ces Durs à Cuire sont donc quatre personnages issus d’une culture différente du tatouage, comme une trace qu’on laisse sur notre territoire. On a là un pirate et ses tatouages de pirate. Des tatouages originaux que j’ai récupérés sur des livres.

Il y a toujours un ancrage, une référence.
Oui. Des tatouages de pirate, des tatouages de la criminalité russe, le yakuza et le guerrier maori. Et la toute dernière série, réalisée le mois dernier, ce sont les gueules urbaines. Deux bustes, qui étaient trois au départ – mais nous avons évoqué les risques de la céramique – qui sont d’anciens joueurs de rugby. Je me suis inspirée des visages de deux joueurs dont les surnoms étaient La Matole et Le Patron, Jean-Louis Cholot et Gérard Cholley. Je suis partie des reliefs entraînés par la pratique de leur sport pour créer le plan d’une carte, d’une ville qui serait la leur. La cartographie de leur visage.

Quand on arrive, on est un peu « déboussolé » au milieu de vos cartes et peu à peu se crée un équilibre entre la sobriété dont nous parlions et la sensualité.

La céramique est sensuelle. On n’a pas le droit de la toucher mais je cherche à créer cette envie.
[Terminer sur la notion d’envie n’est pas frustrant mais permet de continuer le voyage.]
Visite guidée de l’exposition samedi 11 mars à 15 heures, avec Stéphanie Gerbaud

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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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