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Eloge de l’érection


Rencontre avec Barbara Polla pour ce livre qu’elle a dirigé et écrit à partir de contributions qu’elle a suscitées pour la plupart.


| Rédigé le Mercredi 21 Décembre 2016 |

Photo de Shaun Gladwell
Photo de Shaun Gladwell
Invitée par Annie Aguettaz et ImagesPassages le 18 décembre 2016 à la Fondation Salomon d’Annecy, dans le cadre de l’exposition Ritournelle où elle venait présenter une œuvre video de Shaun Gladwell, Barbara Polla a accepté de nous parler de manière totalement improvisée du livre Eloge de l’Erection récemment paru.
On retrouve dans ses propos sa passion pour l’art et pour l’humain, sa volonté de dépasser les préjugés, les cloisonnements.
 
Barbara, le titre de votre livre est particulier. Provocateur ? Aguicheur ?
Ce titre L’éloge de l’érection est inédit en français ou en anglais autant que je le sache. Peut-être un texte intitulé ainsi existe-t-il en Inde, ou au Japon qui connaît la fête du phallus.
    Deux entrées m’ont menée à l’écriture de ce texte . La première est mon livre paru chez Odile Jacob Tout à fait femme. Un livre sur le féminisme, ma vision de la femme aujourd’hui, de ce que nous devrions faire nous et non pas de ce que vous devriez faire pour nous…

Vous étant les hommes.
Oui. Comme galeriste intéressée par la création, je me suis penchée dans ce livre sur la non représentation du phallus par les artistes femmes qui jusqu’au début du 20° siècle ne représentent même pas le corps masculin, alors que les hommes depuis toujours sculptent, peignent, photographient, filment avec passion encore et encore le corps féminin et les attributs de la féminité.

   Au début du 20° siècle, les artistes féministes représentent le phallus, mais de façon très négative. C’est le phallus violent, violant, jusqu’à cette représentation épouvantable de Louise Bourgeois d’un phallus écorché suspendu par un crochet de boucher… c’est tout sauf le phallus magnifique. Il faut attendre les années 90 pour trouver des artistes femmes qui en proposent une représentation belle, magnifiante. C’est une exposition en Angleterre intitulée What she wants. Je me suis demandé pourquoi cette absence de représentation. Pour ne pas dire le désir ? Pour ne pas reconnaître cette beauté de l’homme, cette contribution à la vie ?
J’ai donc décidé de faire une exposition, d’abord à Paris, que j’ai appelée Beautiful penis, sur les représentations du sexe masculin. Tout comme pour le livre L’éloge de l’érection, il ne s’agissait pas d’anatomie mais d’une exposition d’art montrant des représentations du pénis, avec notamment des œuvres de Sarah Lucas que j’avais exposées au tout début de sa carrière. Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, intéressé par le sujet de mon exposition, m’a ensuite demandé de donner une conférence sur le sujet pour la réouverture du Palais de Tokyo.

   La 2° entrée a été ma rencontre avec Dimitris Dimitriadis et la Grèce. Il est une figure éminente, une sorte de Deleuze grec, un homme de théâtre aussi, un poète, un écrivain extraordinaire mais marginalisé par la Grèce pendant longtemps. Et j’ai entendu Anne Alvaro, merveilleuse actrice, lire un texte sublime et terrible de Dimitriadis, Je meurs comme un pays qui date de 78, un texte prémonitoire de la déréliction de la Grèce, qui commence ainsi « Cette année-là, aucune femme ne conçut d’enfant et cela continua l’année suivante et toute une génération »…et puis il y a les envahisseurs qui viennent du nord devant lesquels on dépose les armes…à la fin, le pays perd sa langue et meurt.

C’est à la fois tellement terrible et tellement beau que j’ai commencé à réécrire le texte en l’inversant. Ma version commence ainsi « Cette année-là, tous les hommes eurent des enfants et cela continua l’année suivante… » Je parle de tous ces sexes bandants, de la fertilité, de la beauté, des navires remplis d’immigrés qui arrivent, des envahisseurs qui, de honte, déposent leurs armes devant cette joie, des déserteurs qui désertent par noblesse parce qu’il faut donner la vie et non la mort.
   Il est alors devenu évident que je devais demander l’autorisation de Dimitriadis, que je rencontre, qui est enthousiasmé par mon idée et le titre de mon texte Je bande comme un pays -  pour ramener la vie. Je bande comme un pays est alors devenu un hommage d’une journée entière consacrée à Dimitriadis en novembre 2013 dans le cadre de la biennale d’Athènes qui se tenait, coïncidence, dans la bourse désaffectée de la ville ! Dimitriadis a même écrit une pièce qui a été mise en scène par le directeur du théâtre national d’Athènes et pour la première fois de sa vie Dimitriadis a joué son propre rôle, et pas n’importe lequel puisque il s’agit de Socrate !

  Les textes des conférences qui ont été données ce jour-là ont été transcrits, traduits, revus pour leur donner une autre perspective qui puisse former un livre. On y parle d’érection artistique, de l’érection d’une collection, d’une grande collection grecque, de l’érection architecturale, de la Grèce jusqu’aux immeubles de 600 mètres et plus, de l’érection de l’adolescent et donc de toute la psychanalyse de l’érection et de ce qu’elle signifie dans la maturation, d’Eros et Thanatos, d’érection poétique et mon texte Je bande comme un pays fait partie de l’ensemble ainsi que la pièce inédite de Dimitriadis qui a été traduite du grec.

 C’est un livre important, notamment au niveau sociétal. Dans un premier temps, quand on dit L ‘éloge de l’érection, ça fait rigoler tout le monde.
L’image qui est en couverture est de Shaun Gladwell. C’est un bouquet de fleurs qui jaillit de l’eau, tendu à bout de bras et qui représente la joie, la fierté , la fertilité, la vie, le cadeau, la surprise, la fragilité…L’écume de l’eau évoque celle du sperme, l’écume des jours.

Barbara par Raymundo
Barbara par Raymundo
On est là au cœur de votre démarche, traductions, relations, polysémie…vous dépassez les barrières, les préjugés, vous faites l’éloge de la libido créatrice.
Exactement. C’est là où nous nous sommes rejoints avec Dimitris Dimitriadis qui dit « Je bande, donc je suis prêt à créer. » Cette libido créatrice est une facette de la libido de vie, l’homme debout, l’homme qui marche, l’Homo erectus, l’homme et la femme.
 
Il y a aussi dans ce livre des implications sociétales entre hommes et femmes très importantes. C’est l’un de mes messages depuis longtemps.
J’ai fait ce test, j’ai demandé à cent personnes « Violence sexuelle, qu’est ce que vous voyez ? » 99 personnes voient un homme qui agresse une femme. Il y a là, pour moi, un a priori qu’on retrouve dans toute éducation. Qu’est-ce qu’on dit à une fille de 12, 13, 14 ans qui sort pour la première fois ? Avec les meilleures intentions du monde, on lui dit « Fais attention. » Ce qui veut dire qu’au lieu d’aller à la rencontre de l’autre dans la plus grande joie, elle doit le considérer comme un prédateur, ce qui signifie qu’elle est une victime potentielle. Ce message, on le donne aussi bien aux garçons qu’aux filles.

Les comportements des uns et des autres sont conditionnés.
Exactement. Alors imaginez qu’on dise aux petits garçons « Ce que tu as là entre les jambes, c’est fait pour donner du plaisir et pour donner la vie. » Pas forcément ensemble, ce n’est pas un message catholique. Ça changerait tout, comme le fait que les femmes osent dire leur désir, osent affirmer la beauté de l’érection. Le côté prédateur se déferait de lui-même.

Ce conditionnement en victime ou en agresseur rejaillit bien au-delà de la sexualité sur toute l’organisation de la société à tous les niveaux de relation, du travail…
Je connais la réalité. Une femme meurt tous les deux jours en France de violence domestique malgré tout ce qui a été tenté pour changer cette situation que j’aimerais rêver de changer par cet autre biais. Il s’agit de prendre les choses à rebours et de dire à l’autre qu’il est magnifique. Que les femmes n’accaparent pas la possibilité de donner la vie, que les hommes y participent aussi.
   Ce livre et ma démarche constituent un message de paix.
                                                                  ………
 
Il y a d’autres coïncidences qu’une réflexion sur l’éloge du pénis dans une bourse désaffectée. Pourquoi ne pas rapprocher le livre de Barbara Polla de celui de  Jean-Claude Carrière La Paix ?
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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