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« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là


Un petit monde attachant raconté d’un œil amusé et philosophe


| Rédigé le Samedi 2 Février 2019 |

« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
Joff a trouvé la bonne distance pour faire vivre les petits pas, les petits désirs de ses personnages drôlement attachants malgré leur univers étriqué.

   On pourrait y voir cette forme de bêtise reposant sur la répétition et les évidences creuses que soulignait Roland Barthes.
  Et puis de l’humour. Pas des moments d’humour mais une trame continue qui baigne le récit d’humour et de tendresse délicate. La bonne distance, quoi.
  Sans chichi, dans la bonne humeur la plus totale, Joff passe de Bristol à Angoulême pour venir nous parler de « Courtes distances » chez BD Fugue Annecy. Une conversation émaillée de rires, d’étonnements qui prolongent l’œuvre de l’auteur.

« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
Est-il possible de dire que la première page de votre livre fait penser à l’entrée des enfers de Dante ?
C’est une question qui envoie du lourd !

Malgré le « Welcome », on a l’impression que c’est l’image d’un monde fermé, dont on ne peut pas sortir.
Effectivement, ce n’est pas très accueillant.

Comme l’univers que vous montrez ensuite.
Oui, vous analysez bien les choses.

Alors on arrête là l’interview ? Pas besoin de continuer. (rires).
Non, non, continuez, c’est bien !

Ce sont deux univers différents qui se rencontrent ?
Je ne parlerais pas d’univers, le terme est trop grandiloquent. Ce sont deux mondes. Des mondes minuscules (et Joff de dire en français « Petits mondes »).

Tout petits géographiquement, psychologiquement, intellectuellement.
C’est très vrai, ce sont des microcosmes.
Oui, et un microcosme est tout un monde.
C’est effectivement ce que je dis.

Comme c’est un monde qui fonctionne de répétition en répétition, on peut dire qu’il relève de la bêtise ?
C’est le quotidien monotone qui se répète. On pourrait dire que rien ne se passe, et encore et encore.

Il n’y a pas de sens.
Le boulot de Sam n’a pas de sens, mais j’espère que les échanges en ont.

Est-ce que Sam, dépressif et décalé par rapport aux autres, n’est pas le personnage le plus normal de l’histoire ? Il pose les bonnes questions.
Les lecteurs voient le monde à travers les yeux de Sam, ils peuvent s’identifier à lui dans un monde étrange, étranger qui se compose majoritairement d’hommes.

Le titre français est « Courtes distances ». Quelle votre distance aux personnages ?
Le titre suggère que les distances sont courtes mais d’autres éléments du récit montrent que le titre peut avoir d’autres sens.

Cette page qui montre des oiseaux en cage ne traduit-elle pas votre intention ? Vous racontez des hommes en cage.
Vous avez raison, il ne s’agit pas exactement d’oiseaux parce que c’est une métaphore. Sam le comprend alors que Keith ne comprend que le premier degré. Pour lui, il ne s’agit que d’oiseaux.

Alors une autre métaphore. Cette publicité que vous dessinez pour une voiture capable de provoquer un orgasme.
C’est une forme de jeu, un contraste, une opposition entre le monde où vivent mes personnages et cette publicité. Les publicités sont ridicules.

Vos personnages n’ont même plus de désir et on cherche à leur vendre un orgasme !
Ce n’est pas ce que je voulais exprimer mais votre remarque me plaît. C’est la même approche qu’avec la musique que j’écoute. Je me demande si mon interprétation correspond à l’intention de l’auteur, mais peu importe parce que la musique appartient à l’auditeur.

« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
« Courtes distances » de Joff Winterhart aux éditions Çà et Là
Quand elle laisse cette liberté d’interprétation, c’est qu’une œuvre est suffisamment riche.
Très bien !

Est-ce que votre voiture ressemble à celle que vous avez dessinée et qui procure un orgasme !
Non .Je déteste conduire.

Quelle était votre intention en réalisant ce livre ?
Je voulais divertir le lecteur,  l’intéresser en montrant des personnages que l’on n’a pas l’habitude de voir, des types négligés, pas très attrayants.

La qualité du livre et le fait que vous êtes Anglais nous font regretter encore plus le Brexit.
Oui, moi aussi je le regrette.(en français). Quand je réalisais l’histoire, j’étais un peu gêné parce que mon récit ne me semblait pas très politique, et puis en 2016 le Royaume Uni s’est prononcé pour le Brexit alors que moi, j’étais pour le maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne.  Je me suis rendu compte que mes personnages font partie de ceux qui sont favorables au Brexit. Contrairement à moi, je tiens à le préciser. Avec le temps, le contenu de l’histoire est donc devenu politique. Je décris un monde conservateur d’hommes d’affaires qui votent à droite, qui viennent de petites villes.

On retrouve cette dimension politique à la fin, quand Sam trouve sa voie en quittant cette ville et en allant participer à un projet sur les demandeurs d’asile.
Oui, il échappe à ce conditionnement étroit.

Pourquoi n’avez-vous pas numéroté les pages ?
Je ne sais pas. Je n’avais pas d’intention particulière. Vous préférez avec des numéros de pages ?

On tourne les pages mais il n’y a pas de progression donnée par des numéros. Comme si le temps ne passait pas. Sans progression.
Oui, on peut dire que c’est fait un peu exprès. Ça donne une autre approche.

A la fin, vous montrez Keith jouant avec sa chienne. Il est heureux ?
Keith est parfois hargneux, difficile… mais il se reprend, il rebondit et va de l’avant. Ce moment est une image authentique de la joie.

Vos personnages peuvent supporter n’importe quoi , ce qui peut être vu comme une qualité ou un défaut.
Keith sait tout gérer, pour moi c’est une qualité !

Alors je ne vous parle plus.
Mais votre question est très intéressante. Oui, c’est complexe.

Vous faites de la philosophie à partir de petites choses, des détails de la vie.
Raymond Carver, les auteurs que j’apprécie font ça, ils expriment des choses à travers de petits détails.
 

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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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