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Anne-Lise Coste. La force de sortir de soi, de questionner le monde.


Exposition à La FabriC / Fondation Salomon. Annecy


| Rédigé le Jeudi 10 Janvier 2019 |

Anne-Lise Coste. Photo de Christine Refalo
Anne-Lise Coste. Photo de Christine Refalo
Anne-Lise Coste nous reçoit alors que l’accrochage de ses œuvres est en cours. Son énergie, celle qui ressort de ses productions et la spontanéité de ses propos nous donnent une conversation ambulatoire

Anne-Lise, est-ce qu’on peut dire qu’il y a dans vos œuvres une dimension enfantine ?
Comme dans celles-ci ? Vous savez de quoi il s’agit ?

De sexe, oui…
Poilu…est-ce que les enfants vont jusque-là ?

Enfantin…parce que c’est quelque chose qui « semble » très simple. Qui semble.
Ça l’est. Je m’assois sur un canapé orange et confortable. C’était à New York. J’avais un petit carnet à dessins et voilà le résultat, des dessins les uns après les autres, même s’ils ont été mélangés. Ça va très vite, c’est très immédiat. Là-bas, ce sont des aérographes, des pièces qui remontent à dix , douze ans, plus anciennes, mais c’est toujours la même démarche. Je mets le papier contre le mur ou sur mes genoux suivant où je me trouve, et j’y vais directement. Pas de pré conception. Sans filtre pour déjouer le contrôle qu’on porte en soi.

Un regard d’enfant parce qu’il garde son énergie, sa dynamique et n’a pas encore de filtre, justement.
L’immédiateté est ce que je mets en œuvre depuis que je fais l’artiste. Du travail direct.

Même la présentation est simple. Pas de cadre, des feuilles arrachées d’un carnet. Comme dans l’atelier.
Toujours au plus près de comment ça a été fait. Bon, pour ces œuvres-ci il y a des cadres. C’était pour un musée.

Anne-Lise Coste ©dr
Anne-Lise Coste ©dr
Au côté instantané s’ajoute souvent une force.
Souvent c’est la quantité de papier dont je dispose qui détermine la série. Il s’agit d’aller au plus près de la main, du mouvement, du geste.

Energie, force et même une forme de violence. Ça sort des tripes ?
Avec cet accrochage très direct, on prend tout en pleine poitrine. Il y a un rapport frontal, c’est important.

Quand vous terminez une suite de dessins, par exemple, vous êtes dans quel état ?
Vidée. Ce que je fais ne compose pas un récit, c’est une arborescence, ça part.
Là ce sont des monotypes. On applique de l’encre sur un support, du plexiglass ici, et puis ça part sur une presse et ça donne une œuvre en un seul exemplaire. Il est possible de reprendre le dessin sur le support et il reste alors les résidus du premier, qu’on appelle le fantôme.

On a souvent l’impression que produire des œuvres d’art remplace une psychanalyse…
Ou des combats au couteau (rires).

Anne-Lise Coste ©dr
Anne-Lise Coste ©dr
Une manière de vivre avec quelque chose de très brut, de très primaire.
Oui. Je lis des livres érudits et après je dessine comme ça. Pour former un éventail.

Là je vois des cœurs dans ces trois œuvres.
Oh ! Ce sont des autoportraits. Les animaux ici, la mer, le soleil. Les bambous. La table. Le crâne. Les migrants.

[Ailleurs des questions écrites simplement sur un support papier. Les « vraies » questions, celles que  posent les enfants avant de devenir adultes et de renoncer à comprendre le monde car tout passe alors par de nombreux filtres]

Les questions ? Oui, j’aime bien jouer à l’érudite.

[Nous arrivons devant une autre série d’œuvres et , en comparaison, les plus récentes semblent plus spontanées et plus « enfantines »]

On a l’impression que vous régressez.
Tant mieux. C’est un vrai compliment. Parce que la démarche y est plus spontanée, moins construite.

Sur ces peintures à l’aérographe, que représentent les chiffres ?
L’arbitraire, l’aléatoire. Quand on est jeune, on découvre Barthes, on se dit « Tout est une construction… »

Quand on envisage les relations entre ordre et désordre, c’est un vrai tourbillon.
C’est pourquoi il y a des débuts de phrases, de dessins.

« Police, rebel, sexe »..
Je parle davantage de système que d’individus. Ça peut être le système qu’on s’impose soi-même. Même quand on peint on est dans le contrôle absence de contrôle.
   S’il y a un fil conducteur dans mon travail, il est là.


Ordre /désordre, contrôle/ absence de contrôle, c’est un équilibre à trouver et la création est possible ?
YES !!!


Il faut voir l’exposition de Anne-Lise comme un discours « fragmenté », comme l’espace de cet autoportrait en vanité, un discours dont tous les fragments s’enchaînent, se complètent et font continuité.
Une interrogation et un étonnement permanents.
Interrogation, étonnements d’être.
 
La FabriC Avenue de Loverchy/Annecy
Du 11 janvier au 23 mars 2019.


 
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur


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