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La vraie vie


La "vraie vie" est partout ! Ne vous laissez pas berner ! Chronique de Paul Rassat.


| Rédigé le Jeudi 11 Janvier 2018 |

Picasso. Autoportrait
Picasso. Autoportrait
Je remercie une personne rencontrée récemment et pleine d’initiative à laquelle je dois cette réflexion sur la vraie vie entamée il y a longtemps déjà mais revivifiée par une absence de discussion enrichissante avec cette personne pleine d’initiative.

Quand certains se posent la question « Quel est le sens de la vie ? », ce qui nous mène du côté obscur de la philosophie tellement éloigné de la réalité pragmatique, concrète et saint thomasienne à condition de ne pas souffrir de la lèpre pour la toucher du doigt et en vérifier l’existence, d’autres se contentent d’opposer la « vraie vie » à… À quoi, au fait ? À la vie scolaire, ce qui, littéralement, signifie que dans le monde scolaire tu ne vis pas, ou alors que tu vis mais que ce n’est pas vrai, pas la vraie vie, pas le vrai toi.

Vision éminemment ontologique pour une approche qui se veut pragmatique, mais bast. Acceptons qu’il y a la vraie vie et… la fausse ? Ceci signifie que les émotions, les sentiments, les espoirs, les déceptions vécus pendant des années dans le cadre scolaire et universitaire sont faux. Mais alors, pourquoi éprouver aussi profondément quelque chose de faux ? Peut-être pour habituer les jeunes filles et les jeunes gens à prendre pour vrai ce qui est faux ? Oui, mais dans quel but ? Peut-être les préparer à accepter qu’après des années de vie fausse, la vraie vie leur tendra enfin les bras ? Osanna !

La vraie vie avec compet, bulletin de paie, inscription au chômage, fierté de payer de vrais impôts dans le pays où tu as vécu une fausse vie, la vraie vie qui récompense les gens qui réussissent et sont considérés comme les meilleurs, les premiers de cordée. Comment sait-on, d’ailleurs, qu’ils sont les meilleurs ? Parce qu’ils ont réussi ! Et pourquoi ont-ils réussi ? Parce qu’ils sont les meilleurs. CQFD ! Euh, mais ce type de répétition ne relève-t-il pas du pléonasme, voire de la tautologie qui consiste à définir une chose par elle-même ? Ceux qui réussissent sont les meilleurs ; les meilleurs réussissent et c’est à cela qu’on reconnaît les meilleurs.

Et la tautologie ne serait-elle pas l’un des piliers de la bêtise pour ce bon Roland Barthes ? « La vie, c’est la vie ! », « On n’arrête pas le progrès ! » (qui est, par définition ce qui progresse, ce qui avance… et qu’on n’arrête pas.) Or, si l’on souhaite rester dans la vraie vie (sous entendu « la vie active ») on ne peut pas se permettre de mettre en doute celle-ci. Si la vraie vie pouvait être considérée comme aussi fausse que la fausse, où irait-on ? Chiffres, bilans et statistiques seraient faux ? À quoi pourrait-on alors se raccrocher pour ne pas sombrer dans du vrai faux ou dans du faux vrai ? Le tourbillon serait sans fin et il faut donc décider, dans un arbitraire rassurant, de la véracité de la vie-que diable ! Et puisque dans cette vraie vie les meilleurs sont ceux qui réussissent, tous les coups sont permis pour réussir, coups effacés moralement par la réussite. Et que le second proteste pour non respect du règlement, de la morale… il n’est que second, donc pas le meilleur et n’a donc rien à dire ni à faire sinon de retourner à ses études et à la pseudo vie.

La gratuite ne vaut plus rien - Denis Guedj
La gratuite ne vaut plus rien - Denis Guedj
_ Tout ceci est-il inévitable, docteur ?
_ Chais pas. Y’a bien les artistes, qui restent enfants toute leur vie.
_ Ouais, mais les enfants ne sont pas gérables, et ils ne créent rien qui rapporte de l’argent. Ils ne sont intéressants pour le marché que parce qu’ils en font dépenser à leurs parents.
_ Tu devrais lire l’introduction du livre de Denis Guedj La gratuité ne vaut plus rienDenis Guedj était mathématicien et écrivain, comme Queneau ou Pérec. La pensée hypothétique « Aujourd’hui, plus encore que par le passé, on assiste au déchaînement de la pensée-gestion. Suite d’affirmations assurées:
1° Il est vrai que ceci est.
2° Il est nécessaire d’en tirer les conséquences.
3° Il est capital que ces conséquences, tirées du REEL, soient considérées comme les seules valides. En dehors d’elles, chimères et délires !

Traire ce qui est pour nourrir "l’état des choses" et le faire perdurer, voilà le traitement que les gestionnaires de l’ETANT infligent au monde. Qui ne reconnaît là la pensée technocratique ? Et , de plus en plus fréquemment, celle des politiques qui les singent. Qu’avancent ces " réalistes" ? Les choses sont ce qu’elles sont, on n’y peut rien. Il faut en tenir compte. Et ils en tiennent les comptes mêmes !

Nous disposons, heureusement, d’un autre type de pensée, la pensée hypothétique ou conditionnelle: “SI..., alors..” C’est le “si” des enfants: si j’étais ceci... Qui interdit qu’il ne soit également celui des parents ? Il fonctionne comme une machine à tisser des liens "en puissance"... en puissance et pas virtuels. Dès que, par l’esprit, la liaison entre ceci et cela est établie, un choix se présente.... Seule une pensée (un peu) libérée de la dictature de “l’état des choses” peut s’opposer à la pensée-gestion. N’être plus plombé par le Réel, tout en ne le niant pas, permet de l’anticiper et procure quelques moyens de le faire être autrement qu’il s’apprête à être, et qu’il sera si je ne m’en mêle pas.... »

_ Bien, ton texte. Il permet d’espérer et de garder son esprit d’enfant.
_ Oui, pour changer « la vraie vie »et le point de vue de ceux qui « voient les choses en face ».
_ Exact, un seul point de vue ne suffit pas, tout comme il n’y a pas une seule réalité ni une seule vérité. La vraie vie est multiple. Multiple comme les différents points de vue que Picasso nous propose dans chacune de ses œuvres ; multiple comme les points de vue offerts en même temps par une pièce comme Festen. On entend beaucoup, depuis quelques années « Il faut changer de paradigme », « changer de logiciel », c’est-à-dire, finalement (et non « au final ») changer de système, changer de réalité, quitter un système pour un autre. Pourquoi toujours cette approche étriquée ? Pourquoi ne pas élargir notre approche de la réalité, ne pas la faire dépendre d’un seul angle qui génère toujours les mêmes problèmes dans les mêmes limites ? Et puis, entre le théâtre, le cinéma, la littérature et l’art en général d’un côté, et l’économie, les affaires de l’autre… où se situe la vraie vie ? Partout ! "Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer!"
Naham de Braslaw
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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