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Émeline Barat, un parcours personnel au service de valeurs communes


Comment inventer et suivre son propre chemin pour être soi-même et donc davantage avec les autres et à leur service.

Après le monde de l’entreprise, les valeurs développées et défendues par Émeline l’ont menée vers l’engagement citoyen puis, très naturellement, vers le mouvement Réveillons Annecy et à la direction de la communication de la ville.


| Publié le Jeudi 13 Août 2020 | |

Émeline Barat - Direction de la communication de la ville ©DR
Émeline Barat - Direction de la communication de la ville ©DR
Émeline Barat, votre parcours relève de l’engagement personnel qui vous a mené à la politique. Celle-ci est la conséquence naturelle de ce parcours.
J’ai commencé par la voie de l’entreprenariat qui m’apparaissait comme une voie de liberté et d’indépendance personnelles.
On se fait souvent une autre image de l’entreprenariat.
Je précise, entrepreneur-artisan. Rien à voir avec le CAC 40. J’ai fait mes études dans une école de commerce lyonnaise, 3 A, assez peu standard parce que tournée vers le développement durable, le commerce équitable, l’humanitaire à partir d’un tronc commun généraliste et d’une ouverture sur les pays en voie de développement. Une partie de l’école part en développement humanitaire dans les grosses ONG, une autre dans l’entreprenariat tourné vers l’économie sociale et solidaire.
À l’issue de mes études, j’ai suivi la voie classique qui m’a menée chez Danone faire du développement durable. C’était riche d’enseignement pour comprendre comment fonctionne une grosse entreprise ; mais la hiérarchie, l’impression d’être un maillon de la chaîne qui n’a aucune vision globale m’étaient insupportables. J’ai roulé ma bosse à Londres dans des petits jobs avant de revenir à Annecy en 2013. J’étais en questionnement. C’était peut-être le moment de faire ce que je voulais, de créer mon emploi. J’avais 25 ans.
J’ai rencontré Julien Lamotte qui est aujourd’hui mon mari. Il démarrait à l’époque une aventure avec des copains, davantage un pari, un challenge concernant les lunettes en bois.

Vous avez réussi à mêler travail et sentiments.
Je ne le savais pas au début ! (rires). Nous nous sommes retrouvés à nous demander à quelques uns si nos compétences complémentaires ne nous permettraient pas d’inventer notre job. Comme nous n’avions pas beaucoup d’argent en poche, nous sommes passés par les campagnes de crowdfounding qui démarraient à l’époque et nous ont permis d’exploser. J’ai appris, en 7 ans d’entreprenariat, que si on est novice dans un domaine, on peut apprendre par les autres.

C’est le contraire du monde expert qu’on nous impose.
Par les écoles de commerce, on apprend à faire un peu de tout mais pas très bien. J’en souffrais énormément mais chaque fois que je me trouvais dans une situation où il fallait tisser des liens, développer le réseau de nos clients, de nos partenaires, de nos fournisseurs, j’arrivais à parler à tout le monde sans problème technique.

Vous vous êtes rendue compte que l’ouverture d’esprit et que la notion d’aventure prévalent sur l’expertise qui sépare les points de vue.
Nous avons pu dépasser les préjugés pour nous dire « Pourquoi pas des lunettes en bois ? » C’est ce qui permet à un ébéniste d’arriver dans le monde des lunettiers et de montrer que c’est possible. C’est aussi solide que les autres matériaux et écologique.
L’idée paraissait loufoque, elle existait depuis longtemps mais n’avait pas été développée entièrement. C’est ce que nous avons fait avec SHELTER, le nom de notre entreprise qui est un clin d’œil à la chanson des Rolling Stones Gimme Shelter. Nous nous voulions anticonformistes, dans l’esprit de la chanson. Pourquoi pas un nouveau matériau, une nouvelle façon d’aborder les choses ?
Notre concept de base partait de l’utilisation et de la transformation des chutes de bois destinées à être brûlées.

Par la suite d’autres entreprises ont repris cette démarche sur le territoire.
Toute la mouvance de notre filière bois. Je reviens à la notion entrepreneur-artisan. Elle apportait le sens qui me manquait dans les jobs précédents. Chez Danone, je n’avais jamais vu ni le lait, ni les fruits, ni nos partenaires. Notre projet, à l’inverse, partait de la ressource prégnante que représente le bois dans notre territoire, des possibilités de recyclage locales mais aussi de recherches d’essences particulières qui valorisent la filière bois, des métiers, des gens.

Pour certains, le territoire, les circuits courts sont envisagés comme une forme de repli. Votre histoire part de ressources locales dans un esprit d’ouverture et d’aventure.
En 2013 nous étions vraiment novateurs. Depuis, il y a eu tous ces néo artisans, éleveurs, agriculteurs qui ont souffert du manque de sens dans leur travail et se sont reconvertis. Quand j’étais au collège ou au lycée, les CAP n’avaient pas bonne presse. Ceux qui ont suivi ces formations ont pourtant été les premiers à créer leurs entreprises.

Les métiers « manuels » ont longtemps été moins rémunérés que les autres.
Les choses vont se rééquilibrer. On échappe ainsi aux métiers « bullshit » pour être dans le faire (voir, grâce à notre moteur de recherche, le compte-rendu de lecture du livre Boulots de merde). Dans les écoles de commerce, on nous dit que nous sommes attendus dans de grandes boîtes, pour participer à de grands plans marketing. Mais qui fait, qui fabrique ? J’avais envie de faire, de comprendre la globalité du projet et de la démarche.
Nous avions une feuille blanche, nous allions chercher nos ingrédients pour fabriquer notre petite recette. Elle a été peaufinée maintes fois au travers de rencontres, d’échecs, de problématiques rencontrées.

Nous parlions d’aventure. Il y a là-dedans un aspect autodidacte qui consiste, qu’on ait fait ou non des études, à inventer son chemin, son univers.
Parmi les associés, deux étaient vraiment autodidactes. Ils se sont formés tout seuls. Dans ce cas, on va chercher l’information dont on a besoin et qui fait sens alors qu’habituellement on nous donne des informations qu’on a du mal à digérer. On y revient plus tard quand on en a vraiment besoin. Quand on a effectivement besoin de compétences, alors on va jusqu’au bout de la démarche. Parmi les quatre associés que nous étions, l’un voulait renouer avec son métier d’ébéniste, un autre voulait renouer avec la création après être passé par une démarche rémunératrice mais très standard, le 3° était intéressé à l’aspect visuel. Quant à moi, j’avais trois valeurs qui me tenaient à cœur : faire du Made in France et mettre en valeur les artisans locaux, le développement durable et écologique, l’aventure humaine qui permet d’essayer.

Et de se découvrir en même temps.
D’être totalement indépendant dans sa vision, dans les jalons qu’on pose, d’avoir la chance de faire par soi-même, quitte à se tromper. Je me suis rendue compte que le Made in France et l’écologie marquaient énormément nos partenaires, nos clients. Notre projet devait être viable, bien sûr, mais ces valeurs étaient importantes et nous ont permis de rencontrer des acteurs locaux, les politiques venaient saluer notre démarche sur le territoire. Les connexions avec François Astorg se sont créées à ce moment sur la question de la pollution de l’air. Je me demandais comment une petite entreprise comme la nôtre, qui commençait à avoir une modeste aura, pouvait participer à la sensibilisation sur ce sujet. Nous n’avions pas encore, à ce moment-là, suffisamment d’élan et d’assurance pour être sur le mode Patagonia, pour soutenir d’autres projets.

Après moult péripéties, nous nous sommes demandé comment nous alléger de ces contraintes financières récurrentes et parfois stressantes. Nous avons fait entrer dans l’aventure notre financeur qui faisait déjà partie de notre écosystème comme fournisseur de bois assez haut de gamme. Je l’ai accompagné pendant un an. Il avait sa vision qui allait vers une conception un peu plus « luxe » qui correspondait moins aux valeurs que je souhaitais porter. C’était peut-être le moment d’aller vers d’autres aventures pour agir encore plus localement sur une palette plus large que celle d’une simple entreprise. Des aspects qui touchent les citoyens au quotidien, la préservation de la nature, de notre lac, l’air. C’est d’ailleurs dans une manifestation pour la qualité de l’air, en 2018, que j’ai rencontré François. Autour d’une table, nous avons décidé d’ouvrir une page Facebook pour une sensibilisation «  Lac Pur/ Air Pur » Ce qui s’accompagnait d’une réflexion sur la mobilité, le trafic routier, le chauffage, toute cette complexité.

Vous faites bien de souligner cette complexité parce qu’habituellement les décideurs interviennent sur une touche ou deux sans prendre en compte toutes les répercussions dans leur ensemble.
Ceci a constitué mon premier point d’entrée dans l’engagement en dehors de l’entreprenariat. Quand j’ai quitté l’entreprise, François m’a dit qu’il lançait une réflexion concernant des projets sur le territoire et m’a proposé d’y apporter mon regard d’entrepreneuse citoyenne.
En réalité, je n’avais pas compris au début l’enjeu des municipales. Je pensais qu’on allait réfléchir à des projets de territoire sans objectif particulier à atteindre. Tant mieux ! Je croyais que la politique n’était pas mon truc. François m’a fait comprendre que défendre le respect de la nature, c’est faire de la politique.

Les choses se sont faites très naturellement.
Oui. J’ai vu poindre une nouvelle aventure qui, elle aussi, partait d’une feuille blanche. J’aurais eu du mal avec un parti politique et sa hiérarchie, le moule dans lequel entrer.
Avec Réveillons Annecy, nous n’avons pas tout inventé, nous avons repris des idées. Le concept de liste citoyenne nous a permis de créer notre organisation, de réfléchir à la méthode de travail. J’ai l’impression de revivre les débuts de notre projet d’entreprise sous une autre forme, avec plus de personnes et d’autres enjeux. Avec la volonté de bien faire pour les citoyens, de les inclure au maximum, de les rendre acteurs pour une meilleure entente autour de l’économie circulaire par exemple.
 

Nous avons parlé d’aventure, d’autodidactisme, vous êtes une sorte d’électron libre ; comment allez-vous créer un équilibre avec vos nouvelles responsabilités ?
Je suis restée un électron libre au sein de Réveillons Annecy. Mes contributions ont évolué, j’ai appris sur le tas. Je me suis nourrie des uns et des autres, des expériences. Nous avons remporté des élections mais je n’avais pas idée du poste qui me serait donné.

Directrice de com, c’est un rôle encore assez flou. Je vais voir jusqu’où aller pour aider à la mise en place de notre projet et aider les citoyens à comprendre la démarche, à venir voir les différents conseils mis en place, celui du temps long, celui des jeunes… Je suis animée par la volonté de créer des ponts, des liens et raconter des histoires afin de les rendre concrètes pour un maximum de gens. (voir le livre de Roland Gori La dignité de penser. Il y montre que nombre de nos problèmes viennent de ce que nous avons remplacé les récits qui nous unissent par un flot d’informations jetables qui nous submerge et que la réflexion contemporaine se limite à « Ça marche/Ça ne marche pas. »).

Je me sens bien à ce poste aujourd’hui parce que j’ai construit une histoire avec Réveillons Annecy. Nous remercions les citoyens qui nous ont fait confiance et nous mesurons la charge de travail qui nous attend, avec tous les enjeux. Je me place, avec notre équipe, dans une continuité de démarche ; il faut que j’y intègre l’administration, les services, les agents qui nous aident à mettre en place notre projet commun. Nous ne partons pas de rien, des procédures existent. Nous devons comprendre les histoires personnelles, les problématiques des agents et des citoyens en relation avec les élus. C’est un triptyque auquel il faut ajouter les associations, les entrepreneurs.

Vous êtes actuellement dans une phase intermédiaire entre le passé et ce que vous souhaitez lancer.
Je reviens sur le lien entre l’entreprenariat et la politique. Les choses se sont faites tellement naturellement que je suis même demandé à un moment quels sont les liens entre les deux domaines, au point que j’ai envisagé mon entreprenariat comme un parcours initiatique dans des secteurs que je ne maîtrisais pas au départ. Je peux transposer aujourd’hui dans l’apprentissage de protocoles qui s’apprennent mais qui sont au service d’une vision.

 

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Paul Rassat
Contributeur Ambassadeur chez Move-On Magazine. En savoir plus sur cet auteur


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