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Un jour au concert avec les Bidochon, Orchestre des pays de Savoie. Au contact de la musique classique


Quel plaisir d’être bousculé dans nos idées reçues ! De découvrir que ce que nous croyions immuable, gravé dans le marbre et dans le clinquant et invariablement destiné aux mêmes élites, fait en fait l’école buissonnière en allant à la rencontre de publics profanes, installés sur des chaises en plastique et à hauteur d’instruments !


| Rédigé le Jeudi 26 Novembre 2015 |

Lundi 23 novembre, nous sommes allés écouter jouer l’Orchestre des Pays de Savoie qui jouait Un jour au Concert avec les Bidochon sur le campus de l’Université de Savoie, entre 12h et 13h, gratuitement. Du Rameau et du Haendel en casse-croûte. Vous reprendrez bien un peu de Rossini ?! Ah, oui, mais sans foie gras, merci. Ben ça tombe bien, on ne vous en proposait pas, on préfère reprendre un peu de Chostakovitch – même s’il fait un peu peur, celui-là. Bon, point n’est d’abuser, trêve de métaphore gastronomique, et disons-le simplement une bonne fois pour toute : c’était génial... et on en reprendrait bien une petite portion.

En face de nous, sous notre nez et à portée de téléphone portable, le chef d’orchestre et les musiciens. Sur notre droite, une projection des planches de bande dessinée de Christian Binet, qui présentent nos grands amis Robert et Raymonde Bidochon, en plein commentaire du concert.

Nicolas Chalvin, au beau milieu du public et des musicien-ne-s ©AuroreFossardDeAlmeida
Nicolas Chalvin, au beau milieu du public et des musicien-ne-s ©AuroreFossardDeAlmeida

Entre chaque morceau, un mot succinct de Nicolas Chalvin, chef d’orchestre et directeur musical de cette petite troupe, pour situer le morceau à venir, à la fois historiquement et musicalement. Tient ?! Tout de suite on se sent moins bête, plus à même de recevoir cette musique dont on peut avoir l’impression que les codes sont impénétrables alors qu’il s’agit simplement de s’y frotter un peu, lorsque l’opportunité nous est donnée.

L’opportunité était là alors on l’a saisie… avec Nicolas Chalvin au passage. :)

Bon, d'accord... ©AuroreFossardDeAlmeida
Bon, d'accord... ©AuroreFossardDeAlmeida
C’est un sacré défi acoustique que de jouer dans une telle salle ?
Pour moi, le défi acoustique a lieu dans chaque salle. C’est tellement changeant ! Je trouve que finalement, ici, ce n’est pas trop mal comme acoustique, on trouve un bon équilibre de sons, on trouve ailleurs des acoustiques plus sèches. En même temps l’orchestre est rompu à l’exercice, on a toujours une heure de raccord, durant laquelle on se réadapte, on change les longueurs de note pour se réadapter à l’acoustique et pour trouver les tempi, c’est-à-dire la vitesse d’exécution qui rend le mieux l’équilibre entre la salle et la pièce.
 
J’ai été frappée par la manière dont vous occupiez l’espace qui vous est donné, en tant que chef d’orchestre. Contrairement au podium habituel, vous êtes ici à même le sol, à hauteur de musiciens et du public, et vous embrassez littéralement le périmètre qui vous entoure.
Oui, il faut aller chercher les musiciens ! Et encore, sur Un jour au concert avec les Bidochon, l’orchestre est petit. Mais paradoxalement, plus l’orchestre est petit, plus c’est délicat. Les œuvres qu’on joue dans ce concert sont des œuvres très délicates techniquement et musicalement, parce qu’on est vraiment sur des subtilités. Sur une grosse symphonie où il y a du monde, quelque fois ça passe un peu tout seul, paradoxalement ça peut être plus facile. La petite formation de chambre, ça reste délicat, on est sur des timbres, des intonations, c’est-à-dire la justesse, tout doit être très précis ! La moindre vitesse d’archer doit être extrêmement travaillée. Et puis au niveau du style aussi ce n’est pas évident parce qu’on est sur des choses très variées, sur du Rameau, du Haendel, qui sont des styles complètement différents, donc rien que sur les bases musicales, c’est délicat. Ce ne sont pas des œuvres qui sont puissantes, mais des œuvres qui sont belles, intimes, très fines. Et plus c’est fin, plus c’est délicat à travailler pour ne pas faire l’éléphant dans le magasin de porcelaine.

 

Nicolas Chalvin, direction
Orchestre des Pays de Savoie
Extraits du spectacle Un jour au concert avec les Bidochon
Lundi 23 novembre 2015, 12h
Université Savoie Mont-Blanc, Campus en musique au Bourget-du-Lac

Quelle belle surprise de voir un orchestre si éclectique dans sa composition ! Des hommes et des femmes qui semblent aller de 20 à 77 ans, l’âge entre-t-il dans les critères de sélection ?
Oui et non. Le premier critère de sélection, c’est le concours. Les jeunes ont la vive envie de jouer tandis que les plus âgés ont l’expérience, le métier, l’amour de la musique… c’est bien d’avoir ce mélange de générations. Philippe, notre contrebassiste, est là depuis la création de l’orchestre, d’autres nous ont rejoint il y a deux ou trois ans tandis que d’autres sont encore au conservatoire à Paris, donc j’aime à penser que c’est une mémoire qui se transmet.
 
Ce concert permet de faire la lumière sur différents solistes au fil du concert, ça change de l’éternel 1er violon qui est généralement le seul à se distinguer vraiment.
Oui, le répertoire qu’on joue permet cette répartition, c’est peut-être un processus inconscient. Mais il me semble que le répertoire d’orchestre de chambre met tout le monde en valeur. Donc c’est bien, parce qu’on a des gens vraiment très forts, et ça permet à chacun-e de jouer et de faire voir ce qu’il-elle sait faire.
 
Tout le monde est-il salarié dans l’orchestre ?
Oui, tout à fait. Ce sont des contrats à 50%, mais tout le monde est salarié.
 

Entre chaque morceau, des interludes Bidochonnes ©AuroreFossardDeAlmeida
Entre chaque morceau, des interludes Bidochonnes ©AuroreFossardDeAlmeida
Vous pouvez nous dire deux mots sur la genèse du projet des Bidochons au concert ?
Il y a deux ans, j’avais reçu à Noël l’album Un jour au musée avec les Bidochon, et c’est ce qui m’a donné l’idée de faire la même chose avec le concert. J’ai réussi à me mettre en relation avec Christian Binet, qui en fait n’attendait que ça puisqu’il est très mélomane, très musicien (une pièce du concert est écrite par Binet lui-même ! NDLR). Une fois qu’on s’est rencontré, tout est allé très vite. Tout le monde est tombé d’accord, il a juste fallut le temps de l’organisation, à peine le temps de la discussion ! On était surtout d’accord sur les œuvres qu’on voulait jouer – ni des gros tubes, ni des choses trop méconnues. On est parti sur des pièces originales qui sont toutes très illustratives du répertoire de l’Orchestre, puisqu’on va du XVIIème jusqu’à la musique d’aujourd’hui, avec la mise en valeur de musiques différentes et de musiciens différents. Il me semble que c’est une belle photographie de l’Orchestre, et c’est aussi un très beau bouquin  !
 
Ce qui est super dans ce concert, c’est qu’on voyage vraiment pendant une heure, à travers les âges et les styles …
Ça, c’est la musique ! La musique offre quelque chose de très fort. Souvent, on me dit qu’il faut faire des programmes plus faciles, plus accessibles du premier abord, mais je ne pense pas. Avec des musiques comme ça, on ressent un nombre d’émotions incroyable, toute une panoplie ! Aussi, je mets un point d’honneur à jouer la même chose pour les jeunes, parce que je trouve qu’il faut qu’ils aient un rapport à l’œuvre très tôt. Plutôt que de faire une œuvre plus facile, infantilisante, je pense qu’il faut arriver à semer des choses ici et là. Tout le répertoire de musique de chambre est de ce niveau-là, c’est à chaque fois des morceaux d’une très très grande qualité. Et puis c’est une musique qui est encore vivante, ce n’est pas une musique « musée », ringarde. Ce sont les concerts qui le sont parfois, à cause d’un public qui peut être un peu âgé et qu’il y a un certain conservatisme, mais la musique est super vivante ! Toutes les musiques qu’on joue on été écrites pour leur époque. Maintenant on vit une époque où on joue de la musique historique, celle du passé. Alors qu’au XIXème siècle, ils ne rejouaient pas la musique du passé, ils jouaient leur musique du moment. Mais maintenant, c’est intéressant de jouer ces musiques des siècles passées pour voir s’il y a des choses qui nous touchent. Je trouve ça incroyable de voir qu’on est encore ému par la musique de Mozart qui est mort il y a 250 ans !
 
Il faut dire que vos explications, entre chaque morceau, sont vraiment les bienvenues.
Oui, on essaie de les faire succinctes, mais il me semble que ça fonctionne bien. Après, c’est toujours mieux de se renseigner sur les œuvres avant de venir au concert, avec internet c’est assez facile d’avoir quelques repères. Après, on nous taxe d’élitisme, mais la musique n’est absolument pas élitiste !
 
Vous nous confirmez que ces concerts gratuits, Campus en musique, trouvent leur public ?
En fait on démocratise l’accès à la salle, mais pas la musique, qui reste telle qu’elle est. Disons qu’on désacralise le concert, mais pas la musique, au contraire, j’ai envie de dire. Tout le monde a accès à quelque chose de beau et de sacré. Là, on joue vraiment au mieux de ce qu’on peut faire. Et mieux on jouera, plus les gens ressentiront de choses. C’est comme un Rembrandt, si vous l’éclairez avec une lumière bleue ultraviolet, vous ne le verrez pas  au mieux, il faudra essayer de trouver quelque chose de mieux adapté. Notre travail est technique, savant, musicalement très informé mais c’est pour faire honneur au public et pour que le public puisse saisir toutes les nuances. Ça va se situer au niveau d’une phrase qui va être un tout petit peu plus longue à un endroit, une couleur qui sera plus sensible là, et ce sont des choses qui marquent. 

Un bain de musique ©AuroreFossardDeAlmeida
Un bain de musique ©AuroreFossardDeAlmeida
Ce lundi midi, nous avons été mises au contact de la musique classique et de ses faiseurs de plaisir. Car c’est bien de cette expérience dont il s’agit ici. S’approcher pour sentir les archers crisser sur les cordes, voir les regards complices des musicien-ne-s entre deux notes, entendre les interjections et les encouragements étouffés du chef d’orchestre, voir sautiller et virevolter sa baguette et sa redingote tout en apercevant son beau nœud papillon et ses bretelles blanches, deviner les détails de la barrette brillante de la violoniste qui danse au rythme de son tempo battu du bout du pied tandis que ses doigts nous emmènent au bout du monde lorsqu'ils se lancent dans un Pizzicato endiablé... bref, sentir la musique, l’éprouver physiquement, sentir l’aura de l‘œuvre originale, unique, non-reproduite, telle que la célébrait Walter Benjamin.
 
C’est chouette de se mettre à niveau. Ni plus bas, ni plus haut. À la hauteur.


> La tournée d'Un jour au concert avec les Bidochon s'est terminée à Nice le 29/11, mais ne manquez pas le prochain Campus en musique lundi 18 janvier 2016 sur le campus d'Annecy-le-Vieux!

> Retrouvez toute l'actualité de l'Orchestre des Pays de Savoie sur http://www.orchestrepayssavoie.com/
 
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Aurore Fossard De Almeida
Rédactrice et reporter pour Move-On Magazine. Les images qu'on fixe, les images qui bougent, les... En savoir plus sur cet auteur

        


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