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Rencontre avec Julie Bertuccelli pour son film Dernières Nouvelles du Cosmos


Comment parler simplement, avec passion de ce qui nous est le plus proche, le plus mystérieux : l’autre (qui est un peu nous-mêmes.)


| Rédigé le Lundi 7 Novembre 2016 |

Julie Bertuccelli
Julie Bertuccelli
Julie Bertuccelli, pourquoi  votre film porte-t-il ce titre Dernières nouvelles du cosmos ?
Parce qu’Hélène, qui en occupe le centre, dépasse toutes nos frontières, nos limites sociales, intellectuelles. Elle nous parle de son humanité et de son va et vient avec le cosmos. Et puis cette jeune femme est aussi un OVNI pour nous. Hélène est comme nous, bien ancrée sur terre mais elle a une autre vision du monde, une autre manière d’être. Heureusement que les autistes nous permettent de regarder le monde autrement parce qu’au fond , c’est nous qui sommes très limités, qui sommes des handicapés de la vie dans certains domaines. Hélène nous ouvre beaucoup de portes.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire ce film ?
Les hasards de la vie. Une rencontre avec Pierre Meunier, metteur en scène qu’on voit dans le film et qui a décidé de monter un spectacle à partir des textes d’Hélène. Dans un précédent spectacle Pierre s’intéressait à la façon dont vient le langage. Lorsque j’ai rencontré Hélène et lu ses textes j’ai été subjuguée, intéressée, amoureuse de cette écriture, de cette femme et il a été évident que je devais faire le portrait de cette artiste.
   Je ne cherchais pas un film sur l’autisme, je ne cherche d’ailleurs jamais des films à faire. Les hasards de la vie font que certaines choses deviennent évidentes .Je peux partir d’un livre, d’une histoire vraie, d’une idée dont je vais faire une fiction ou un documentaire. Là le documentaire s’imposait parce que je ne pouvais pas m’inspirer de cette histoire et la faire jouer par quelqu’un. Hélène va tellement plus loin que nous ! J’avais envie de faire partager cette rencontre à d’autres.
    J’ai passé deux ans à tourner, le temps de trouver la bonne approche, de donner à entendre ses textes, de faire découvrir le duo incroyable qu’elle forme avec sa mère qui a su à force de persévérance et de travail trouver le moyen de communiquer avec elle après vingt ans de silence.

Votre film est bien plus qu’un documentaire. Il n’y a pas un sujet regardant un objet mais une rencontre. Si Hélène est une personne hors norme, votre cinéma l’est aussi.
Ça me fait plaisir qu’on me dise ça parce que je ne cherche pas à entrer dans des catégories. Même si j’ai beaucoup de modèles, de réalisateurs que j’aime, j’essaie avant tout d’être proche de moi, de faire quelque chose qui me ressemble, intuitivement ; mais je suis quand même moins hors case qu’Hélène. Même s’il y a des différences de base entre le documentaire et la fiction, mes films sont d’abord du cinéma. Quand je tourne une fiction, j’aime bien me dire « Tiens, c’est tellement juste que ça pourrait être un documentaire. » Et dans le documentaire j’exprime toujours mon regard, ma subjectivité,ici, ma relation avec Hélène. Derrière la caméra, j’étais comme elle, sans parole. Je l’observais. J’ai posé quelques questions mais j’étais essentiellement une passeuse. C’est ce que j’aime dans les films d’immersion. J’ai filmé les rencontres d’Hélène avec d’autres personnes qui sont, d’une certaine manière, nos miroirs. Certains viennent la voir comme on consulte un oracle et en sont étonnés, incrédules, charmés ou parlent avec elle presque d’égal à égal comme ce mathématicien qu’on voit à la fin du film.
Hélène a une connaissance inouïe de nombreux sujets, alors qu’elle ne parle pas, n’est pas allée à l’école…qu’elle n’a jamais lu un livre. Elle possède une mémoire extraordinaire et se dit télépathe. Elle a une manière très personnelle de piocher les informations dans la tête des autres. Mais la mémoire des mots ne suffit pas pour être un poète, une grande artiste qui compose des textes si puissants.
 

A travers Hélène qui est un exemple extrême, vous interrogez le mystère de la pensée, du langage  et de la communication ?
Mon film traite de la création, du cerveau humain, de nos capacités quand on se libère des limites sociales, de nos contraintes de toutes sortes. On s’interdit cette pensée voyageuse, de rêver, d’assembler des mots ; ce que fait si bien Hélène.

Qui reprend si bien la fameuse question du « Qui suis-je ? »Les spectateurs se posent la question de savoir qui est Hélène, mais elle nous renvoie cette question.
Bien sûr. A travers l’autisme, il s’agit de nous tous. Hélène nous renvoie un miroir de ce que nous avons tous été un peu dans notre vie. Combien d’enfants rêvassent, n’entrent pas dans les cadres de l’école ? Elle nous renvoie à nos préjugés, aussi. Son corps, son handicap peuvent la faire passer pour « l’idiote du village » ; elle marche un peu de travers, ne regarde pas vraiment les gens quand elle parle, et on s’arrête le plus souvent à cette notion de handicap sans chercher à savoir ce qu’il y a derrière, comme on ne cherche pas davantage à savoir ce qu’il y a derrière chacun d’entre nous.
On affirme que c’est aux individus de s’adapter à l’école, alors qu’en réalité ce devrait être l’inverse. Heureusement, certains réussissent sans l’école. Hélène, quand on lui demande comment elle a réussi à apprendre, répond « En jouant avec les espaces secrets de mon cornichon de cerveau. »

Sa forme d’enfermement lui a procuré une liberté totale de pensée.
Elle a été enfermée par rapport à nous mais elle avait toute sa pensée, était totalement libre. Bien sûr c’était aussi particulièrement dur pour elle parce que personne ne voyait qui elle était. Maintenant que sa mère a trouvé la porte pour communiquer avec elle, Hélène développe d’autres choses, ses écrits sont de plus en plus proches de nous alors que les premiers textes traitaient d’elle et de son trajet. Son premier livre s’appelle Raison et acte dans la douleur du silence, ses textes récents sont plus ouverts.
    Elle dit que ses pensées sont des étincelles et qu’elle regarde les étoiles qui brillent dans sa tête. L’image du cosmos correspond au microcosme et au macrocosme, à tout ce qui nous traverse. Notre cerveau est un cosmos à lui tout seul. On le savait déjà, mais la poésie et l’humour d’Hélène rendent ceci très concret. Quand elle écrit d’elle « Babouillec orateur sans frontières privée de passeport », elle parle d’elle, mais aussi de notre monde, qu’elle connaît parfaitement. Ses métaphores vont au fond de la poésie. D’ailleurs, quand elle vous regarde, elle va tellement loin que son regard troue votre âme. Elle dégage une sorte de magnétisme, une forme de grâce , une puissance qu’on retrouve dans ses mots et sa manière de les assembler. D’où cette impression d’oracle qui nous donne le sentiment d’être tellement limités et handicapés face à elle. Les livres d’Hélène sont édités aux éditions Rivages, elle écrit une pièce, on lui a commandé un livret d’opéra qui s’intitule Le Métronome de nos errances et qui parle de nos rapports avec la mesure, le temps. Elle a écrit des paroles de chansons, des horoscopes très drôles. Elle semble connaître toutes les règles d’écriture de tous les genres littéraires, musicaux…Elle est en devenir constant, comme devrait l’être chacun de nous par rapport à nos a priori, par rapport à l’autre et au temps qu’il faut pour le découvrir.

[ La conversation se poursuit, passionnée et passionnante ; on y apprend que le « cornichon de cerveau » évoqué plus haut serait une partie de notre cerveau, en forme, justement, de cornichon. De quoi voyager grâce aux images d’Hélène, qui a marqué notre entretien de sa présence!]
 

Pour terminer, parce qu’il le faut bien, un court extrait de  la lettre qu’Hélène-Babouillec a écrite pour Julie après la vision du film.

AVEC PLAISIR JE M’OBSERVE DANS TON ŒIL GOGUENARD
HABITÉ PAR L’AMOUR DE LA LUMIÈRE DIRECTE ,FLUIDE,
EMBELLISSANT LES CONTOURS POÉTIQUES DU RÉEL.
ABRACADABRA ET SAPERLIPOPETTE, J’ADORE CE MAGIQUE
INSTANT DE L’ÉTERNITÉ DANS LEQUEL, LE REGARD ,
L’ÉMOTION , LE CORPS TOUT ENTIER S’IMMOBILISENT.
JE CROIS QUE CETTE ÉTRANGE ALCHIMIE DE L’INSTANT
POUR L’ÉTERNITÉ M’ENSEIGNE LA CONFIANCE DANS
L’EXISTENCE D’ÊTRE QUELQU’UN QUELQUE PART
DANS UN ESPACE DE PARTAGE .
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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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