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Exposition Life's a Beach à Evian, rencontre avec le photographe Martin Parr


En 2012, Martin Parr présentait pour la première fois l’exposition Life’s a beach à la bibliothèque municipale de Lyon. L’ENS Lyon avait alors organisé une belle conférence/débat au cours de laquelle nous avions échangé avec Martin sur cette manie qu’il a, depuis la fin des années 70, de photographier les plages. Toutes les plages. D’abord à Brighton, à côté de chez lui en Angleterre, puis partout dans le monde. Cet été, la ville d’Évian a demandé à Martin Parr de poser sur elle son regard et ses valises.


| Rédigé le Dimanche 25 Octobre 2015 |

Martin Parr en images ©PascalKober
Martin Parr en images ©PascalKober
« Je m’intéresse aux plages, globalement. Je n’arrêterai jamais
de faire des photos de plage. Et puis c’est toujours agréable
d’être invité à venir faire des photos de plage ! »
 

Dans l’exposition Life’s a beach, des corps s’étalent sur l’étal de sable et derrière, pas très loin, on aperçoit une mer étale. Ces corps, ils sont petits et couchés-culottés, gras et ronds comme des ballons, acéphales, décadrés, encadrés par le regard de Martin Parr. Le maillot de bain rose et la serviette jaune forment des motifs voyageurs entre Knokke et Benidorm. « C’est où Knokke et Benidorm ? ». La Belgique, l’Espagne. Et sur un derrière de maillot de bain, c’est l’Amérique qui s’étale.

Martin Parr est un grand obsessionnel, il le dit et le revendique. La plage traverse son œuvre comme il la traverse lui-même, par petites incursions dans les affaires des autres et avec l’évidence qu’impose son appareil autour du cou.
 
 

Evian, France, 2015 ©Martin Parr/Magnum Photos
Evian, France, 2015 ©Martin Parr/Magnum Photos
À propos de la photographie d’une femme, prise de dos, il explique :

« Cette femme venait se promener tous les jours à 5h du matin, et elle portait cette superbe robe blanche avec un parapluie blanc, elle avait l’air de sortir d’un film d’époque. À chaque fois que je la voyais, je la photographiais. Cette photographie est celle que j’ai finalement retenue, parce que j’aime particulièrement la forme de l’arbre, derrière. Donc je faisais toujours en sorte d’inclure cet arbre, même flou, il était très étrange. Le truc, c’est de trouver l’endroit qui marque (« hot spot », Barthes aurait peut-être parlé du punctum, NDLR), donc cet arbre, la végétation, la promenade, la piscine… et d’y retourner jusqu’à ce que la photographie advienne. »
 

À la plage avec Martin Parr ©PascalKober
À la plage avec Martin Parr ©PascalKober
Après que Martin a fait le tour de l’exposition avec nous, je me suis installée dans le transat en face de lui.
 
20 ans en arrière, votre arrivée chez Magnum avait été assez controversée à cause de vos perspectives différentes sur la photographie d’avec celles d’Henri Cartier-Bresson. Aujourd’hui, en tant que Président de l’agence Magnum, y a-t-il un photographe en particulier que vous aimeriez inclure dans l’équipe, pour ses perspectives singulières sur la photographie documentaire ?

Chez Magnum nous essayons toujours de trouver des gens qui ont une vision très personnelle, c’est notre métier. Lorsque les gens envoient leurs travaux à l’agence, la réunion annuelle (« AGM ») est l’occasion pour nous de considérer très sérieusement chaque dossier, et nous pouvons décider collectivement de si quelqu’un possède cette vision ou pas. Ce n’est pas à moi de décider personnellement, je peux suggérer n’importe qui mais il n’y a aucune garantie que cette personne sera acceptée, il faut que ça passe par le groupe. Ce que je trouve très encourageant, c’est que nous avons accepté six nouveaux membres cette année. D’un côté, ça montre que nous avons confiance en la manière dont les choses se passent et se développent chez Magnum, et de l’autre, que nous sommes prêts à accueillir une nouvelle génération de jeunes photographes. L’idée est de dénicher des gens qui ont un vrai talent, de le révéler, de les aider à lancer leur carrière, et si possible de les voir grandir et s’épanouir. Ça fait partie du défi de Magnum et en tant que Président, je suis ravi que nous ayons choisi six nouveaux membres parce que ça montre une véritable confiance en ce que nous sommes en ce que nous voulons être à l’avenir.
 
Au sujet de cette exposition Life’s a Beach, y a-t-il une ville que vous avez plus compliqué à photographier sur ces trois dernières années ? Vous avez mentionné la question du droit à l’image en France…

Il y a une réticence à être photographié dans toute la France, qui se fait ressentir peut-être encore plus à Paris qu’à Evian. Ici, les gens étaient plutôt aimables et acceptaient d’être photographiés, mais il y a toujours des gens pour dire « non ! » ou des hôtels devant lesquels il est difficile de prendre des photos. Il y a une véritable méfiance au sujet de la photographie en général.
 
Y a-t-il des endroits où vous avez ressenti le besoin de rester plus longtemps que d’autres ?

Évidemment, plus on reste longtemps à un endroit, plus on prend de photos, plus on a de matière à travailler par la suite. Mais vous voyez, j’aime assez l’idée d’être plongé d’une manière très intense dans un endroit, pour une courte période.
 
Il y a trois ans, lors du lancement de cette exposition à Lyon, vous aviez dit ne jamais nager – vous aimez photographier les plages, mais l’eau, très peu pour vous. Est-ce que ça a changé ?

Pas du tout ! Je ne nage toujours pas et je ne compte pas m’y mettre! C’est un peu comme parler Français, ça n’arrivera jamais !
 
Est-ce un principe, une règle de ne pas parler français?

Et bien, vous parlez anglais, n’est-ce pas ? Merci pour ça, d’ailleurs. Et vous savez nager ?
 
Je pense que oui !

Et ben voilà, vous pouvez nager et parler français pour moi, pour que je puisse faire autre chose. J’ai une vie plutôt occupée quoi qu’il en soit, et je n’ai le temps ni d’apprendre à nager, ni d’apprendre le français.
 


Si la presse est généralement unanime quand à la qualité du travail de Martin, certaines voies commencent à s’élever, critiquant un dispositif qui aurait tendance à tourner sur lui-même. Bien qu’il nous tarde de découvrir les nouvelles approches de Martin sur de nouveaux sujets tel qu’il avait pu le faire avec la superbe série Luxury (2009), l’exposition consacrée à la ville d’Evian offre un point de vue qui va bien au-delà de la plage, proposant un véritable reportage sociologique de la ville, du brassage des populations aux usines d’embouteillage – de la mise en bouteille, pas du trafic encombré.

Nous vous invitons vivement à la traversée des plages de Martin, au Palais Lumière à Evian, jusqu’au 31 janvier 2015. Et à flâner le long de la promenade… à défaut d’aller nager une brasse avec l’artiste. Lui restera sur la plage, c’est sûr.

NB : Merci à Pascal Kober pour son oeil bienveillant et sa générosité photographique => http://www.pascalkober.com

> Toutes les informations sur l'exposition de Martin Parr au Palais Lumière à Evian jusqu'au 31 janvier 2015 sur http://ville-evian.fr/fr/culture/expositions/evian-sous-loeil-de-martin-parr
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Aurore Fossard De Almeida
Rédactrice et reporter pour Move-On Magazine. Les images qu'on fixe, les images qui bougent, les... En savoir plus sur cet auteur

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