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Entretien avec Emmanuel Courcol, un réalisateur qui se réalise en réalisant


Film Cessez-le-feu, le 19 Avril 2017 au cinéma


| Rédigé le Jeudi 9 Mars 2017 |

Emmanuel Courcol / Crédits : Pier Marco Tacca - GuettyImages
Emmanuel Courcol / Crédits : Pier Marco Tacca - GuettyImages
Move On a eu la chance de rencontrer Emmanuel Courcol  venu discuter avec le public après la projection, en avant-première, de son film Cessez-le-feu aux Nemours d’Annecy. Evénement organisé par l’association Plan Large toujours aussi active au service du (bon) cinéma.

Partons du titre de votre film Cessez-le-feu. Les premières images sont une plongée dans une tranchée, dans la guerre, dans la boucherie et cette première partie se clôt sur un cri, un hurlement qui se poursuit pendant tout le film, en silence, à l’intérieur du héros, jusqu’à l’apaisement final.
Bien vu. C’est tout à fait ça.

On pense même au tableau de Munch, Le cri.
Pour cette première séquence sur la guerre, je m’étais en fait inspiré des dessins d’Otto Dix. Ils traduisent le cri, c’est l’expressionnisme, l’univers de cauchemar, mais je n’ai pas trop insisté sur cet aspect pour ne pas être trop explicatif. Il y a simplement quelques flashes qui reviennent s’imposer à un moment.

Cette première séquence et sa violence sont prolongées tout le long du film par un toc du héros.
Il se lave aussi très souvent, il en a besoin. Ça fait partie de ce que j’ai appris en étudiant les symptômes post traumatiques. Le titre, Cessez-le-feu, m’est venu en écrivant. Je faisais écrire à Georges une lettre destinée à Hélène(jouée par Céline Sallette). Il lui disait qu’il n’en était pas encore à la paix, mais au cessez-le-feu intérieur. Je n’ai pas gardé la lettre à la réalisation parce que c’était trop évident et parce que c’est déjà la fin de La Vie et rien d’autre , de Bertrand Tavernier, mais le titre vient de là. C’est la fin des hostilités et la paix peut commencer à la fin du film. Cette paix intérieure qu’il recherche.

Votre référence à Tavernier est particulièrement intéressante. Son cinéma traite des frontières physiques, du territoire, mais aussi des frontières psychologiques, mémorielles, de la recherche et de la (re)définition de soi dans des périodes de bouleversement, d’interruption…
La question de Georges est de savoir qui il est et quelle place trouver. Qu’est-ce qu’il va devenir dans ce monde qui a changé. Il s’agit plus de reconstruction que de réparation. Dans le film, Georges se déconstruit et se reconstruit. Il est dans le déni et ce sont les rencontres qui lui font accepter le fait qu’il doit se reconstruire.

Ça pose même la question de la réalité au quotidien. On interprète et on reconstruit sans arrêt. La guerre est une situation extrême, mais vous, cinéaste, vous interprétez et recomposez votre réalité, votre vision du monde.
Oui, simplement les circonstances de la guerre forcent le processus.

Certains pourraient considérer le séjour de votre héros en Afrique comme une fuite. On peut y voir plutôt le besoin de découverte, de découvrir une autre culture, un autre environnement pour mieux voir les siens. D’un côté, par exemple, des frères de sang ( à tous les sens du terme) en Europe, de l’autre des frères d’initiation en Afrique.
Oui, j’avais écrit un passage que je n’ai pas gardé parce que trop explicatif. Diofo, le compagnon noir de Georges  dit à celui-ci, juste après l’initiation en Afrique, « Georges, maintenant nous sommes frères » et Georges lui répond «  Nous l’étions depuis longtemps. » Georges perd trois frères, finalement. C’est une fratrie…et c’est mon histoire aussi parce que nous sommes trois frères.

Justement. Ce film est d’inspiration familiale. Vous parlez de votre arrière grand père qui a participé à la première guerre mondiale, de vos lectures, Barbusse, Dorgelès, on retrouve Rimbaud dans votre film, on peut y voir un clin d’œil au Petit Prince…On peut dire que c’est un film qui est « nourri ».
Nourri aussi par le cinéma, par la littérature, Aurélien d’Aragon, Gide, Drieu la Rochelle qui parlent de l’état de retour du soldat à l’après-guerre, d’hommes qui n’arrivent pas à trouver leur place.

Et vous. Quelle est votre place dans la société ? Pourquoi faites-vous du cinéma ?
Parce que je cherche ma place. J’ai mis du temps, mais j’ai trouvé ma place en faisant du cinéma. J’ai eu ce sentiment en réalisant ; je me suis dit « Tiens, je suis exactement à l’endroit qui me convient. » J’avais l’impression d’être fait pour ça, pour ces aventures-là. Dans tous mes projets d’écriture passés et à venir, la notion de place est très présente. Trouver sa place à travers les héros. Je dirais que j’ai trouvé ma place à travers ce film-là.

Vous vous révélez à vous-même, vous vous réalisez grâce au cinéma.
J’ai mesuré après coup à quel point ce film est personnel.

C’est pourquoi je disais que votre film est « nourri ».
J’aime bien les histoires, mais je n’ai pas envie de me raconter. « Ma vie ! »…J’ai réinterprété ce film une fois monté. Progressivement je me suis rendu compte à quel point il est moi. Ceci a été confirmé par les retours de gens qui ont vu le film et m’ont dit « Georges, c’est toi. » Evidemment, on se projette dans les personnages, on s’identifie ; ma formation d’acteur m’oriente aussi vers ce processus, mais ce n’est qu’après coup que j’ai réalisé à quel point ce film a été une sorte de psychothérapie. Ça m’a énormément changé.

Vos portraits de femmes sont remarquables. La guerre est un révélateur. On a le rôle de la mère, celui de la femme fidèle à la mémoire, à la tradition et celui de la femme qui n’accepte pas, l’ébauche de la femme moderne.
Ma façon d’écrire mes personnages, hommes et femmes, crée une sorte de toile qui elle-même crée des événements. C’est ce télescopage qui crée de la vie, qui fait avancer l’histoire. Les  personnages de femmes…ce sont des souvenirs. Pour le personnage de la mère, je me suis inspiré de ma grand-mère, une femme qui connaît sa place, qui est à sa place. Le personnage d’Hélène, en revanche, cherche encore sa place de manière très positive et dynamique. Madeleine cherche aussi sa place, elle est l’héritière d’une tradition mais elle est aussi une femme décidée ; elle veut faire sa vie.

Se pose la question de ce que le créateur place consciemment dans son œuvre et du reste.
Oui, il y a mes intentions affichées et certaines choses viennent d’arrière-plans, tout ce qui vient dans les bagages et qu’on n’avait pas prévu.

Lors d’une altercation, un jeune homme dit à Georges «  Retourne dans ta tranchée, toi ! » Georges y est resté, dans sa tranchée, d’une certaine manière ; et puis ça fait le lien avec l’Afrique. On pourrait entendre « Retourne dans ton cocotier, sauvage ! »
Effectivement, Georges n’est pas sorti de sa tranchée. Ça m’a amusé de filmer cette soirée que vous évoquez. L’un des personnages est déguisé en singe, c’est une Afrique de pacotille. Je voulais que ce moment soit un choc pour Georges, le choc de la fête, de l’ivresse des années folles pour créer un contraste avec l’Afrique d’où il revient et lui donner encore plus envie de casser la gueule à ce jeune crétin déguisé avec son casque colonial.

Votre film est aussi un hommage et un hymne à la vie. Lors de la discussion avec le public, à la suite de la projection, vous parliez de l’importance des seconds rôles. A ce titre, la scène entre Georges et le médecin est remarquable. Il y est question de continuer à vivre, d’être simplement en vie. Et la dernière réplique du film fait dire à Georges « Vivre, mon vieux, vivre ! »
C’est finalement un film assez optimiste. L’acteur qui joue le médecin est un excellent acteur de théâtre. Il représente la figure paternelle, absente autrement du film, parce qu’il a vu grandir Georges, parce qu’il est le médecin de famille. Il a lui-même une photo de son fils en jeune soldat sur son bureau.

C’est ce qui fait qu’il faut voir votre film plusieurs fois, il fourmille de détails qui l’enrichissent.
Oui, quand le médecin dit « Rien ne vaut la vie », il pense à son propre fils, et Georges est un peu son propre fils. Cette scène est un moment de basculement dans le film ; Georges commence à réaliser qu’il faut s’y prendre autrement avec sa mère, avec son frère. Il abandonne ses certitudes.

Il faut ajouter à tout ce qu’on vient de dire que c’est un film juste. Certains moments sont magiques et nous font oublier qu’on est au cinéma. Quand Georges/Duris explose face à Hélène, par exemple. Ou dans la scène du premier baiser, un grand classique mais qui crée une surprise.
Classicisme assumé. Les personnages en général, et celui de Georges en particulier, sont extrêmement pudiques .Georges a beaucoup de mal à se déclarer. Il semble très calme, très maître de lui mais il est habité par des pulsions, des impulsions qui se traduisent dans la violence, dans l’amour.

Ce que vous montrez de l’Afrique à travers ses croyances, ses grigris nous renvoie à l’analyse de nos propres croyances, à notre comportement et parfois à leur ridicule. Mais on revient à la notion de place. Qu’êtes-vous finalement allé faire en Afrique ?
Il y a en moi une très ancienne envie d’aller en Afrique. J’aurais pu décider d’y aller en touriste mais ça ne m’intéressait pas, de cette manière-là. Maintenant je sais que je vais y retourner. Ce séjour en Afrique a été un vrai voyage, comme celui de Georges. Ce tournage en Afrique a profondément bouleversé Romain, comme toute l’équipe.

On a parlé de découvrir sa place, d’être à sa place. Votre prochain projet va traiter de théâtre en prison. Qu’allez-vous faire en prison ?
Il est toujours question d’enfermement, de trouver une place…

[ Et la discussion se poursuit, Emmanuel Courcol parle de son film à venir dont nous ne dévoilerons pas la trame ici mais qui promet de nous transporter, de nous faire voyager à l’extérieur mais aussi à l’intérieur de nous-mêmes, à la recherche des autres et de ce que nous sommes, de nous faire vivre]

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Paul Rassat
Rédacteur et Reporter chez Move-On Magazine En savoir plus sur cet auteur

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